Bishr s’est établi sur l’Irak sans user d’épée ni verser de sang… (1)
Les jahmiyyah se servent de ce vers pour soutenir que l’istiwā’ (le fait de “s’établir”) sur le Trône aurait le sens de “s’emparer”. Or, c’est là une altération du sens légitime des mots. Le vers de ce chrétien n’apporte en vérité ni preuve ni argument en ce sens. Dieu n’a pas voulu, par Son élévation sur Son Trône, signifier qu’Il s’en serait emparé – exalté soit-Il, bien au-dessus de ce que prétendent les jahmiyyah. En effet, on ne dit “untel s’est établi sur telle chose” que lorsque cette chose était rebelle avant qu’il ne s’en empare, comme le fait que Bishr se soit rendu maître de l’Irak ou qu’un roi conquière une ville après qu’elle lui ait résisté. Or, le Trône du Seigneur ne Lui a jamais opposé la moindre résistance, pas même un instant, pour que l’on puisse dire de Dieu qu’Il l’aurait conquis ou que l’istiwā’ signifierait “s’emparer”. Tu ne trouveras pas d’arguments plus faibles que ceux des jahmiyyah, au point qu’ils ont dû recourir, faute d’autre preuve, au vers de ce chrétien honni, qui ne leur sert pourtant en rien d’argument. Et Dieu est plus savant. (2)
Al-Haytham ibn ‘Adī a rapporté d’après ‘Awānah ibn al-Hakam : lorsque ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azīz fut investi du califat, les poètes se présentèrent chez lui. Ils restèrent plusieurs jours devant sa porte sans qu’on les y autorise ni ne leur prête attention. Peinés, ils envisagèrent alors de repartir chez eux. Ils croisèrent alors Rajā’ ibn Ḥaywah, et Jārīr lui dit :
« Ô toi, dont le turban retombe… voilà ton moment ; demande-nous audience auprès de ‘Umar. »
Rajā’ entra sans toutefois mentionner leur requête à ‘Umar. Puis ‘Adī ibn Arṭā’ah passa à son tour près d’eux, et Jārīr lui déclama :
« Ô toi qui chemines, laissant ta monture aller (3),
voilà ton heure ; mon temps, à moi, est déjà révolu.
Informe notre calife, si tu le rencontres,
que me voici à sa porte, tel un prisonnier enchaîné.
N’oublie pas notre demande et tu trouveras la rémission ;
voilà longtemps que je suis tenu éloigné de ma famille et de mon pays. (4) »
‘Adī entra auprès de ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azīz et dit : « Ô Commandeur des Croyants, les poètes se trouvent à ta porte ; leurs flèches sont acérées, et leurs propos frappent leur cible. » ‘Umar répondit : « Malheur à toi, ‘Adī ! Qu’ai-je donc à faire avec ces poètes ? » Il rétorqua : « Ô Commandeur des Croyants, le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) prêtait l’oreille à la poésie et récompensait ses auteurs. Ainsi, al-‘Abbās ibn Mirdās l’avait loué en vers, et il lui offrit un manteau. » ‘Umar demanda : « Te souviens-tu d’un extrait ? » ‘Adī récita alors :
« Je t’ai vu, ô meilleur de toute créature,
déployer un Livre qui apporta la Vérité, clairement mise en lumière.
Tu nous as prescrit la religion de la bonne direction après notre égarement,
lorsque, dans nos errances, la Vérité nous était devenue obscure. »