Dans ces lieux, un grand nombre de montures se sont noyées et un grand nombre de gens s’y sont enlisés ; ils ne furent sauvés qu’après avoir enduré de grandes difficultés et des épreuves effroyables, ainsi que de rudes épreuves (1).
Cette même année, Ashras ibn ʿAbd Allâh as-Sulamî, gouverneur du Khorassan, invita les ahl adh-dhimma de Samarcande et de la région située au-delà du fleuve à embrasser l’islam, en échange de la suppression de la djizya. Ils acceptèrent et la plupart d’entre eux se convertirent (2). Par la suite, il leur réclama de nouveau la djizya, ce qui les poussa à lui déclarer la guerre et à le combattre. De nombreuses batailles eurent ensuite lieu entre lui et les Turcs, batailles que Ibn Jarîr a contées longuement et de façon détaillée, au-delà du strict nécessaire (3).
Cette même année, [le commandeur des croyants Hishâm envoya ʿUbayda (4) au Maghreb (Ifrîqiya) afin qu’il en prenne le gouvernorat ; à son arrivée, ʿUbayda dépêcha son fils et son frère à la tête d’une armée qui rencontra les polythéistes, en tua un grand nombre et captura leur patricien (baṭrîq), tandis que le reste s’enfuit. Les musulmans s’emparèrent sur eux d’importants butins. La même année, Muʿâwiya ibn Hishâm conquit deux forteresses en terre byzantine et acquit de riches butins. Cette année-là également (5), Ibrâhîm ibn Hishâm ibn Ismâʿîl accomplit le pèlerinage (ḥajj) avec la population, en sa qualité de gouverneur des Deux Lieux saints et de Tâ’if ; Khâlid al-Qasrî était en poste sur l’Irak et Ashras as-Sulamî sur le Khorassan.
Il est fait mention, pour cette année, de la mort de certaines notabilités :
Jarîr le poète (6) : Il s’agit de Jarîr ibn al-Khaṭafâ, ou, selon certains, Jarîr ibn ʿAṭiyya ibn al-Khaṭafâ, le nom d’al-Khaṭafâ étant Ḥudhayfa ibn Badr ibn Salama ibn ʿAwf ibn Kulayb ibn Yarbuʿ ibn Ḥanẓala ibn Mâlik ibn Zayd Manât ibn Tamîm ibn Murr ibn Udd ibn Ṭâbakha ibn Ilyâs ibn Muḍar ibn Nizâr, Abû Ḥazra (7), poète originaire de Baṣra. Il se rendit à Damas à plusieurs reprises et fit l’éloge de Yazîd ibn Muʿâwiya, de ʿAbd al-Malik ibn Marwân ainsi que de ses fils al-Walîd, Sulaymân et Yazîd ; il fut également reçu par ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzîz. À son époque, les poètes qui rivalisaient avec lui étaient al-Farazdaq et al-Akhtaḷ. Jarîr était néanmoins le plus doué et le meilleur d’entre eux. Plusieurs affirmèrent qu’il était le plus grand poète du trio.