Un savant de la première génération (As-Salaf) a rapporté qu’apparut un cou immense et une forme si terrifiante que les gens s’en éloignèrent et s’enfuirent précipitamment, évitant l’endroit où elle se trouvait. De son côté, cette créature s’avança vers les cordes et les bâtons qu’ils avaient jetés, et se mit à les avaler un à un avec une rapidité de mouvement stupéfiante, tandis que la foule l’observait, saisie d’étonnement.
Quant aux magiciens, ils furent confrontés à une scène qui les terrifia et les laissa perplexes. Ils venaient de constater un phénomène qui ne leur était jamais venu à l’esprit, échappant à leurs savoirs et à leurs méthodes. Dès lors, et grâce à la part de science qu’ils possédaient, ils reconnurent que ce n’était ni de la sorcellerie, ni de la supercherie, ni une illusion, ni un faux-semblant, ni un mensonge, ni une calomnie, ni un égarement, mais bel et bien une vérité que seul le Vrai – Celui qui avait mandaté ce Prophète, soutenu par Sa vérité – pouvait produire. Dieu dissipa alors de leurs cœurs le voile de l’insouciance et les éclaira d’une guidée nouvelle. Il retira d’eux toute dureté, et ils revinrent à leur Seigneur, tombèrent en prosternation et proclamèrent devant tous, sans craindre aucun châtiment ni épreuve : « Nous croyons au Seigneur de Hārūn et de Mūsā. »
À ce propos, Dieu – exalté soit-Il – dit :
« Alors les magiciens tombèrent prosternés et dirent : “Nous croyons au Seigneur de Hārūn et de Mūsā.” (70)
Pharaon dit : “Avez-vous cru en lui avant que je ne vous en donne la permission ? Il est certainement votre maître, celui qui vous a enseigné la magie ! Je vous ferai assurément couper la main et la jambe opposées, et je vous ferai assurément pendre aux troncs des palmiers. Vous saurez alors lequel de nous inflige le châtiment le plus dur et le plus durable.” (71)
Ils dirent : “Nous ne te préfèrerons jamais à ce qui nous est parvenu comme preuves évidentes, ni à Celui qui nous a créés. Décide donc de ce que tu voudras, tu ne décideras que dans cette vie présente. (72) Nous croyons en notre Seigneur, afin qu’Il nous pardonne nos fautes, ainsi que la magie à laquelle tu nous as forcés. Dieu est certes meilleur et plus durable. (73) Quiconque se rend auprès de son Seigneur en étant criminel aura pour demeure l’Enfer : il n’y mourra pas et n’y vivra pas. (74) Et quiconque s’y rend en croyant tout en ayant accompli de bonnes œuvres, ceux-là auront les rangs les plus élevés : (75) les jardins d’Éternité, sous lesquels coulent les ruisseaux, où ils demeureront à jamais. Telle est la récompense de celui qui se purifie.” » (Tā-Hā, 20 : 70-76)
Sa‘īd Ibn Jubayr, ‘Ikrima, Al-Qāsim Ibn Abī Bazza, Al-Awzā‘ī et d’autres ont rapporté que, lorsque les magiciens se prosternèrent, ils contemplèrent déjà leurs demeures et leurs palais au Paradis, préparés à leur intention et parés en vue de leur arrivée. Aussi ne prêtèrent-ils aucune attention aux menaces et aux intimidations de Pharaon. En effet, quand ce dernier vit les magiciens embrasser la foi et faire publiquement l’éloge de Mūsā et Hārūn de si belle manière, il en fut bouleversé ; il assista à un phénomène qui le subjugua et aveugla son discernement. Dès lors, il recourut aux ruses, aux stratagèmes et à toutes sortes de méthodes pour détourner les gens de la voie de Dieu.
Il s’adressa alors aux magiciens devant l’assistance : « Avez-vous cru en lui avant que je ne vous y autorise ? » C’est-à-dire : pourquoi ne m’avez-vous pas consulté au sujet de ce qui vient d’arriver devant mes propres sujets ? Puis il les menaça, les terrifia, tonna et fulmina, avant de les dénigrer, alléguant : « C’est lui votre maître, celui qui vous a enseigné la magie. » Dans un autre verset, Il dit : « C’est assurément une machination que vous avez ourdie dans la cité, pour en chasser les habitants. Vous saurez bientôt ! » (Al-A‘rāf, 7 : 123)
Cette accusation relevait d’une pure calomnie, dont chaque personne sensée peut saisir l’absurdité : c’était un mensonge, une hérésie et un propos dénué de sens. Elle n’aurait même pas trompé des enfants, car chacun savait pertinemment, qu’il vînt du royaume de Pharaon ou d’ailleurs, que ces magiciens n’avaient jamais rencontré Mūsā auparavant ; il était donc impossible qu’il fût leur maître et qu’il leur eût enseigné la magie. Par ailleurs, Mūsā ne les avait jamais rassemblés, pas plus qu’il n’était au courant de leur réunion jusqu’à ce que… (la suite).