Il fut alors confondu et muet, sans pouvoir parler, perplexe et honteux. Puis elle déclara :
« Que Dieu combatte Jamil lorsqu’il dit :
Qu’Il maudisse celui dont l’affection ne profite guère,
Celui dont le lien, s’il se rompt, n’est pas solide.
Et celui qui arbore deux visages, point constant
Dans sa loyauté, grand jureur de tous serments. » (1)
Alors Kuthayyir se mit à présenter des excuses et à se disculper de ce qui était advenu, composant des poèmes où il en faisait mention et citation (2).
Azza mourut en Égypte à l’époque de ‘Abd al-‘Azîz ibn Marwân. Kuthayyir visita sa tombe, la pleura, et sa poésie en fut changée par la suite. Quelqu’un lui demanda : « Pourquoi ta poésie a-t‑elle changé et s’est-elle amoindrie ? » Il répondit : « Azza est morte, je ne puis plus me réjouir ; la jeunesse est passée, je ne puis plus m’émerveiller ; ‘Abd al-‘Azîz ibn Marwân est décédé, je ne puis plus convoiter. En vérité, la poésie naît de ces dispositions. »
La mort de Kuthayyir et celle de ‘Ikrima eurent lieu le même jour, mais en l’an 150 de l’Hégire, selon l’opinion la plus connue. Toutefois, notre maître Abou ‘Abd Allâh adh-Dhahabî l’a mentionné pour cette année – je veux parler de l’an 107 de l’Hégire – et Dieu, Exalté soit-Il, le sait mieux.
[Ensuite vint l’an 108 de l’Hégire]
Cette année-là, Maslama ibn ‘Abd al-Malik conquit Qaysariyya, une ville byzantine. Ibrâhîm ibn Hishâm ibn ‘Abd al-Malik s’empara lui aussi d’une forteresse relevant de l’empire byzantin. La même année, Asad ibn ‘Abd Allâh al-Qasrî, gouverneur du Khurâsân, livra bataille aux Turcs et leur infligea une défaite cuisante.
Au cours de cette même année, le Khâqân marcha sur l’Azerbaïdjan et assiégea la ville de Warthân (3), la bombardant à l’aide de mangonneaux. Le gouverneur de cette province, al-Hârith ibn ‘Amr, représentant de Maslama ibn ‘Abd al-Malik, l’affronta. Il rencontra le Khâqân, roi des Turcs, le vainquit et fit périr un grand nombre de ses soldats. Le Khâqân s’enfuit après avoir perdu parmi les siens. Al-Hârith ibn ‘Amr tomba en martyr, mais seulement après qu’ils eurent tué maints ennemis.
La même année, Mu‘âwiya ibn Hishâm ibn ‘Abd al-Malik pénétra en territoire byzantin et dépêcha al-Battâl à la tête d’une importante armée. Celui-ci conquit Janjara (4), dont il obtint un butin considérable (5).