Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Un souci pénible s’est élevé en ton cœur, et, grâce à lui, tu as atteint le plus haut des sommets par une marche ascensionnelle. Ainsi, d’un bout à l’autre de la terre, de l’Orient à l’Occident, retentit la voix de quiconque, Arabe ou non, proclamant : « Ô Commandeur des Croyants, tu m’as fait du tort en prenant mon dinar et non mon dirham. Tu n’as pourtant jamais étendu la main contre un homme sans faute, ni répandu injustement la moindre goutte de sang, eût-elle la taille d’un gobelet de ventouse. Et si les musulmans l’avaient pu, ils t’auraient volontiers donné la moitié de leurs propres vies sans regret. Tu vivras ainsi tant qu’il y aura des pèlerins hâtant leurs montures pour se rendre en pèlerinage à Dieu, tournant autour de la station d’Ibrahim et de la source de Zamzam. Retire donc profit de cette transaction, car elle est remarquable, oui remarquable, et même plus encore. »

On rapporte alors qu’‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz se tourna vers moi et me dit : « Tu seras interrogé au Jour de la Résurrection au sujet de ces propos. » Puis al-Aḥwaṣ lui demanda la permission de réciter une autre poésie, ce qu’il fit, et ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz de lui répéter : « Tu seras interrogé au Jour de la Résurrection au sujet de cela. » Par la suite, Nuṣayb sollicita l’autorisation de déclamer, mais on ne la lui accorda pas. ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz ordonna que chacun d’eux reçoive cent cinquante dirhams et envoya Nuṣayb combattre à Marj Dâbiq.

Plus tard, Kuthayyir ‘Azza se rendit auprès de Yazîd ibn ‘Abd al-Malik et le loua par diverses poésies. Yazîd lui donna alors sept cents dinars. Al-Zubayr ibn Bakkâr nota que Kuthayyir ‘Azza était un chiite « khachabite » qui croyait à la « Raj‘a » (le retour) et au « tanâsukh » (la transmigration des âmes). Il appuyait sa croyance sur la parole divine : « Dans quelque forme qu’Il a voulu, Il t’a composé » (Sourate al-Infitâr, verset 8).

Mûsâ ibn ‘Uqba rapporta que Kuthayyir ‘Azza fut un soir terrifié par un rêve. Au matin, il se mit à célébrer la famille d’al-Zubayr et à composer une élégie pour ‘Abd Allâh ibn al-Zubayr, tout en nourrissant auparavant une opinion défavorable à son égard. Il dit notamment :
« Il gît, exposé à la honte, dans la plaine sacrée ;
S’il y était resté, rien n’aurait menacé ses sommets.
Nous parcourions la route en troupes, en toute sûreté ;
Car qui redoute les malheurs se trouve à l’abri de leur survenue. »

(1) Dans certaines versions : مُلَبِّ. (2) Le poème se trouve dans le Dīwān de Kaṯīr, p. 214, ainsi que dans Les Chants (9/296, 297) ; plusieurs de ses termes sont corrigés dans (Q), et ce que nous avons établi comme correct y figure dans (B, Ḥ) et le Dīwān. (3) Abū al-Faraj al-Aṣfahānī cite dans Les Chants (9/297) une bonne partie de ses vers. (4) Le récit complet a été rapporté par Abū al-Faraj dans Les Chants (9/295-298) et à la fin : « Puis Nāṣīb s’avança vers lui et demanda la permission de réciter ; il refusa de lui permettre, se mit en grande colère, lui ordonna de suivre Dābiq, et ordonna pour lui-même et pour al-Aḥwaṣ, chacun cent cinquante dirhams. » (5) Dans (Q) : « خبيثًا » est une erreur de copie, la forme correcte est attestée dans (B, Ḥ) ; les Khashabiyya sont les partisans de al-Mukhtār b. Abī ʿUbayd. On dit qu’un groupe des chiites Khashabiyya porte ce nom car ils conservèrent la planche (khashaba) de Zayd b. ʿAlī lorsqu’il fut crucifié, mais la première explication est préférable. Voir al-Nihāya fī Gharīb al-Ḥadīth (khashab). (6) Il est mentionné par al-Mizzī dans Tahdhīb al-Kamāl (26/150).
سما لكَ همٌّ في الفؤاد مؤرِّقٌ … بلغتَ بهِ أعلى المعالي بسُلَّمِ فما بينَ شرْقِ الأرض والغرب كلِّها … منادٍ ينادي منْ فصيحٍ وأعجمِ يقولُ أميرَ المؤمنينَ ظلمتني … بأخذِكَ ديناري ولا أخْذِ دِرْهمي ولا بَسْطِ كفٍّ لامرئً غير مجرمٍ … ولا السَّفْكِ منهُ ظالمًا مِلْءَ مِحْجَمِ ولو يستطيعُ المسلمونَ لقسَّمُوا … لكَ الشَّطْرَ من أعمارهمْ غيرَ نُدَّمِ فَعِشْتَ بها ما حَجَّ للهِ راكبٌ … مُغذٌّ (١) مُطيفٌ بالمَقَامِ وزَمْزَمِ فأرْبِحْ بها من صَفْقة لمبايعٍ … وأعظِمْ بها أعْظِمْ بها ثمَ أعظِم (٢) قال: فأقبل عليَّ عمر بن عبد العزيز وقال: إنك تُسأل عن هذا يومَ القيامة. ثم استأذنه الأحوصُ فأنشده قصيدةً أخرى فقال له: إنك تُسألُ عن هذا يومَ القيامة (٣) . ثم استأذنه نُصَيب فلم يأذنْ له، وأمر لكلِّ واحدٍ منهم بمئة وخمسين درهمًا، وأغْزَى نُصَيبًا إلى مَرْج دابِق (٤) . وقد وَفَدَ كثيرُ عزَّةَ بعدَ ذلك على يزيدَ بنِ عبد الملك، فامتدحه بقصائد، فأعطاه سبعَ مئةِ دينار. وقال الزُّبير بن بكار: كان كُثيِّر عزَّةَ شيعيًّا خَشَبِيًّا (٥) ، يرى الرَّجْعة، وكان يَرَى التناسُخ، ويحتجُّ بقوله تعالى: ﴿فِي أَيِّ صُورَةٍ مَا شَاءَ رَكَّبَكَ﴾ [الانفطار: ٨] (٦) . وقال موسى بن عُقْبَة: هُوِّلَ كُثيِّرُ عزَّة ليلةً في منامه، فأصبح يمتدحُ آل الزُّبير، ويَرْثي عبدَ الله بن الزُّبير، وكان سيِّئ الرأي فيه: بمفتضحِ البطحاءِ ثاوٍ لوَ أنَّه … أقامَ بها ما لم تَرُمْها الأخاشبُ سَرحْنا سُروبًا آمنينَ ومنْ يخفْ … بوائِقَ ما يخشى تَنُبْهُ النوائبُ
(١) في بعض النسخ: مُلَبِّ. (٢) القصيدة في ديوان كثير ص (٢١٤)، والأغاني (٩/ ٢٩٦، ٢٩٧)؛ وكثير من ألفاظها مصحَّف في (ق)، وما أثبتناه من الصواب فيها من (ب، ح) والديوان. (٣) ذكر أبو الفرج الأصفهاني في الأغاني (٩/ ٢٩٧) قدرًا صالحًا من أبياتها. (٤) الخبر بطوله أخرجه أبو الفرج في الأغاني (٩/ ٢٩٥ - ٢٩٨) وفي آخره: "ثم تقدم إليه نصيب فاستأذن في الإنشاد فأبى أن يأذن له، وغضب غضبًا شديدًا، وأمره باللحاق بدابق، وأمر لي وللأحوص لكل واحد بمئة وخمسين درهمًا". (٥) في (ق): "خبيثًا" تصحيف، والمثبت من (ب، ح)؛ والخشبية هم أصحاب المختار بن أبي عبيد. ويقال لضرب من الشيعة الخشبية، قيل: لأنهم حفظوا خشبة زيد بن علي حين صُلب، والوجه الأول. النهاية في غريب الحديث (خشب). (٦) ذكره المزي في تهذيب الكمال (٢٦/ ١٥٠).

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