Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Dieu – Exalté soit-Il – a dit : « Pharaon se retira, puis rassembla sa ruse et se présenta. (60) Moïse leur dit : “Malheur à vous ! N’inventez pas contre Dieu un mensonge, de peur qu’Il ne vous anéantisse par un châtiment, et certes celui qui invente a échoué.” (61) Ils discutèrent alors de leur affaire entre eux et échangèrent à voix basse. (62) Ils dirent : “Voilà deux magiciens qui veulent vous chasser de votre terre par leur magie et faire disparaître votre voie exemplaire. (63) Rassemblez donc votre ruse, puis présentez-vous en rang, car aujourd’hui celui qui aura le dessus réussira.” » [Tâ-Hâ, 20 : 60-64].

Dieu – qu’Il soit exalté – informe ici que Pharaon partit rassembler ceux qui se trouvaient dans son pays parmi les sorciers. À cette époque, l’Égypte comptait d’éminents sorciers qui excellaient dans leur art au plus haut niveau. Pharaon fit donc venir des spécialistes de tous les recoins et de tous les lieux, si bien qu’un grand nombre se réunit autour de lui ; on dit qu’ils furent quatre-vingt mille, selon le propos rapporté par Muhammad ibn Kacb. Certains avancent le chiffre de soixante-dix mille, selon Al-Qâsim ibn Abî Bazza (1). As-Suddî mentionne trente et quelques milliers, Abû Umâma en évalue dix-neuf mille, Muhammad ibn Ishâq en compte quinze mille, tandis que Kacb al-Ahbâr déclare qu’ils étaient douze mille (2). Ibn Abî Hâtim rapporte, d’après Ibn cAbbâs, qu’ils furent soixante-dix hommes. Il est également rapporté de lui qu’il s’agissait de quarante jeunes parmi les Fils d’Israël, que Pharaon aurait envoyés auprès des maîtres pour apprendre la sorcellerie. C’est à ce sujet qu’ils dirent : « … et ce que Tu nous as contraints de pratiquer comme sorcellerie » [Tâ-Hâ, 20 : 73]. Cela reste néanmoins sujet à examen.

Pharaon assista à l’événement en compagnie de ses ministres, des principaux dignitaires de son empire et de tous les habitants de son pays (3), car il leur avait enjoint de se rassembler pour ce grand moment. Ils sortirent donc en disant : « Peut-être suivrons-nous les sorciers s’ils triomphent. » Moïse – sur lui la paix – s’adressa alors aux sorciers et les exhorta à délaisser la fausse magie, laquelle contredit les signes et preuves de Dieu. Il leur dit : « Malheur à vous ! N’inventez pas contre Dieu un mensonge, de peur qu’Il ne vous anéantisse par un châtiment, et celui qui invente a certes échoué. (61) Ils discutèrent alors de leur affaire entre eux… » On dit qu’ils se divisèrent : certains parmi eux considéraient que ces paroles relevaient d’un Prophète, non d’un sorcier, tandis que d’autres prétendaient le contraire. Dieu est plus savant.

Ils échangèrent discrètement ces propos et d’autres, en disant : « Voilà deux magiciens : ils veulent vous chasser de votre terre par leur magie !» – autrement dit, Moïse et son frère Hârûn (4) maîtrisent parfaitement cet art. Ils projettent de rallier les gens à leur cause, de renverser le pouvoir et ses proches, de vous anéantir jusqu’au dernier et de s’imposer (5) grâce à cette pratique. « Rassemblez donc votre ruse, puis approchez-vous en rang. Assurément, aujourd’hui, celui qui aura le dessus réussira. »

(1) Dans l’édition d’Abū Burda, ce qui est une erreur. Al-Qāsim ibn Abī Bazzah - avec un madda sur la lettre wāw et une shadda sur le zāy - est un Makki, affranchi de Banū Makhzūm. C’est un lecteur fiable. Voir Taqrīb at-Tahdhīb (2/115). (2) Sa parole : "alfan" (mille) n’apparaît pas dans l'édition B, et la variante du texte est conforme à ce qu’il rapporte dans son tafsīr (3/158). (3) On dit : « Ils sont venus sur la pousse de leur père » : ils sont venus tous ensemble, à la fin. Al-Lisān (s.v. Bakar). (4) Sa parole : ﴿Ils veulent vous faire sortir…﴾ (Qur’an) Harūn est deux magiciens, passage omis dans B par omission d’une lettre. (5) Dans B : « وَلا يستأصلناكم » (et ils ne vous extermineront pas) … « وَلا يستأمروا » (et ils ne consultent pas).
قال الله تعالى: ﴿فَتَوَلَّى فِرْعَوْنُ فَجَمَعَ كَيْدَهُ ثُمَّ أَتَى (٦٠) قَالَ لَهُمْ مُوسَى وَيْلَكُمْ لَا تَفْتَرُوا عَلَى اللَّهِ كَذِبًا فَيُسْحِتَكُمْ بِعَذَابٍ وَقَدْ خَابَ مَنِ افْتَرَى (٦١) فَتَنَازَعُوا أَمْرَهُمْ بَيْنَهُمْ وَأَسَرُّوا النَّجْوَى (٦٢) قَالُوا إِنْ هَذَانِ لَسَاحِرَانِ يُرِيدَانِ أَنْ يُخْرِجَاكُمْ مِنْ أَرْضِكُمْ بِسِحْرِهِمَا وَيَذْهَبَا بِطَرِيقَتِكُمُ الْمُثْلَى (٦٣) فَأَجْمِعُوا كَيْدَكُمْ ثُمَّ ائْتُوا صَفًّا وَقَدْ أَفْلَحَ الْيَوْمَ مَنِ اسْتَعْلَى﴾ [طه: ٦٠ - ٦٤] . يخبر تعالى عن فرعون أنه ذهب فجمع من كان ببلاده من السحرة، وكانت بلاد مصر في ذلك الزمان مملوءة سَحَرةً فضلاء في فنّهم غاية، فجمعوا له من كلِّ بلدٍ، ومن كلّ مكان، فاجتمع منهم خلقٌ كثيرٌ وجَمٌّ غفيرٌ، فقيل: كانوا ثمانين ألفًا، قاله محمد بن كعب. وقيل: سبعين ألفًا، قاله القاسم بن أبي بَزَّة (١) . وقال السُّدِّي: بضعة وثلاثين ألفًا. وعن أبي أمامة: تسعة عشر ألفًا. وقال محمد بن إسحاق: خمسة عشر ألفًا. وقال كعب الأحبار: كانوا اثني عشر ألفًا (٢) . وروى ابن أبي حاتم، عن ابن عباس: كانوا سبعين رجلًا، وروي عنه أيضًا: أنّهم كانوا أربعين غلامًا من بني إسرائيل، أمرهم فرعون أن يذهبوا إلى العرفاء فيتعلَّموا السّحر، ولهذا قالوا: ﴿وَمَا أَكْرَهْتَنَا عَلَيْهِ مِنَ السِّحْرِ﴾ [طه: ٧٣] وفي هذا نظر. وحضر فرعون، وأمراؤه، وأهل دولته، وأهل بلده عن بَكرة أبيهم (٣) . وذلك أنّ فرعون نادى فيهم أن يحضروا هذا الموقف العظيم، فخرجوا وهم يقولون: لعلّنا نتّبع السّحرة إن كانوا هم الغالبين. وتقدّم موسى (عليه السلام) إلى السّحرة فوعظهم، وزجرهم عن تعاطي السّحر الباطل الذي فيه معارضةٌ لآيات الله وحججه فقال: ﴿وَيْلَكُمْ لَا تَفْتَرُوا عَلَى اللَّهِ كَذِبًا فَيُسْحِتَكُمْ بِعَذَابٍ وَقَدْ خَابَ مَنِ افْتَرَى (٦١) فَتَنَازَعُوا أَمْرَهُمْ بَيْنَهُمْ﴾ قيل: معناه أنّهم اختلفوا فيما بينهم؛ فقائل يقول: هذا كلام نبي وليس بساحر، وقائل منهم يقول: بل هو ساحر، فالله أعلم. وأسرّوا التناجي بهذا وغيره ﴿قَالُوا إِنْ هَذَانِ لَسَاحِرَانِ يُرِيدَانِ أَنْ يُخْرِجَاكُمْ مِنْ أَرْضِكُمْ بِسِحْرِهِمَا﴾ يقولون: إنَّ هذا وأخاه هارون ساحرانِ (٤) عليمان مطبقان متقنان لهذه الصِّناعة، ومرادهم أن يجتمع النّاس عليهما، ويصولا على الملك وحاشيته، ويستأصلاكم عن آخركم، ويستأمر (٥) عليكم بهذه الصناعة، ﴿فَأَجْمِعُوا كَيْدَكُمْ ثُمَّ ائْتُوا صَفًّا وَقَدْ أَفْلَحَ الْيَوْمَ مَنِ اسْتَعْلَى﴾.
(١) في ط: أبي بردة، وهو خطأ. والقاسم بن أبي بَزَّة -بفتح الموحدة وتشديد الزاي- المكي، مولى بني مخزوم. قارئ، ثقة. تقريب التهذيب (٢/ ١١٥). (٢) قوله: ألفًا. ليس في ب، ورواية المتن موافقة لما أورده في تفسيره (٣/ ١٥٨). (٣) يقال: جاؤوا على بكرة أبيهم: إذا جاؤوا جميعًا على آخرهم. اللسان (بكر). (٤) قوله: ﴿يُرِيدَانِ أَنْ يُخْرِجَاكُمْ … ﴾ هارون ساحران سقط من ب بنقلة عين. (٥) في ب: وليستأصلاكم .. وليستأمرا.

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