Lorsque Hisham accéda au pouvoir après ‘Abd al-Malik, il se conforma à la tradition des califes — c’est-à-dire qu’il permit au musulman d’hériter du non-musulman (1).
Al-Walid ibn Muslim rapporte d’après Ibn Jabir ceci : « Alors que nous nous trouvions auprès de Makhoul, Yazid ibn ‘Abd al-Malik arriva. Nous nous apprêtâmes à lui faire de la place, mais Makhoul dit : “Laissez-le s’asseoir là où l’assemblée l’a mené, pour qu’il apprenne l’humilité.” » (2)
Yazid, avant d’accéder au califat, fréquentait beaucoup les savants. Lorsqu’il devint calife, il résolut de suivre l’exemple de ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Aziz, mais ses mauvais compagnons ne le laissèrent pas faire et l’incitèrent à l’injustice.
Harmala rapporte, d’après Ibn Wahb, d’après ‘Abd al-Rahman ibn Zayd ibn Aslam : « Lorsque Yazid ibn ‘Abd al-Malik accéda au pouvoir, il dit : “Suivez la voie de ‘Umar.” Il persévéra ainsi quarante nuits, puis on lui amena quarante cheikhs qui attestèrent devant lui que les califes n’ont pas de compte à rendre et ne subissent aucun châtiment. » (3)
Certains l’ont accusé d’impiété, mais ce n’est pas vrai : c’est en réalité son fils, al-Walid ibn Yazid, le débauché, comme nous le verrons. Quant à ce Yazid-là, il n’avait rien de répréhensible.
‘Umar ibn ‘Abd al-‘Aziz lui écrivit, alors qu’il était sur son lit de mort : « Après quoi, je ne me vois plus qu’affecté par ce qui m’atteint (4), et je ne puis m’empêcher de considérer que l’affaire te reviendra sous peu. Craignons Dieu, craignons Dieu au sujet de la communauté de Muhammad. Car bientôt tu mourras, et tu lègueras ce bas monde à ceux qui ne te sauront aucun gré, tandis que tu comparaitras devant Celui qui ne t’excusera pas. Paix. » (5)
Yazid ibn ‘Abd al-Malik écrivit à son frère Hisham : « Après quoi, il est parvenu à l’émir des croyants que tu trouves sa vie trop longue, que tu souhaites sa mort et convoites le califat. » À la fin de sa lettre, il ajouta (6) :
« Des hommes ont espéré ma mort ; et si je meurs,
C’est une voie que je ne suis pas le seul à emprunter.
Ils savent — si tant est que leur savoir leur serve —
Que lorsque je mourrai, l’ambitieux après moi
Ne vivra pas pour l’éternité : son terme se rapproche,
Et sa fin le surprendra un jour sans rendez-vous.
Dis donc à celui qui veut un autre pouvoir que le précédent :
Prépare-toi à une issue semblable, comme si elle était déjà là. » (8)