Saʽīd, surnommé « Khudayna », émir du Khorasan, marcha contre le pays du Sughd, parce que ses habitants avaient prêté main-forte aux Turcs (1) contre les musulmans lors de l’expédition que nous avons évoquée. Il se mit donc en route et les combattit vaillamment jusqu’à ce que Dieu lui accordât la victoire sur eux ; ils prirent la fuite et il s’empara de leurs biens considérables, confisquant tout ce qu’il trouva de leurs fonds et provisions.
La même année, le commandeur des croyants, Yazīd ibn ʽAbd al-Malik, destitua son frère Maslama ibn ʽAbd al-Malik de l’autorité sur l’Irak et le Khorasan. En effet, Maslama employait le butin à sa guise, sans en transmettre la moindre partie à son frère pendant cette période. Yazīd nourrit alors des soupçons à l’égard de son frère, le démit de ses fonctions et nomma à sa place ʽUmar ibn Hubayra gouverneur de l’Irak et du Khorasan.
Cette année-là, le pèlerinage fut dirigé par le gouverneur de Médine, ʽAbd al-Raḥmān ibn al-Ḍaḥḥāk ibn Qays.
[Parmi les notables et éminentes personnalités décédées cette année]
Al-Ḍaḥḥāk ibn Muzāḥim al-Hilālī (2), Abū al-Qāsim – on dit aussi Abū Muḥammad –, originaire du Khorasan, résida à Balkh, Samarcande et Nishapur. Il était un grand tābiʽī qui transmit des hadiths d’Anas, d’Ibn ʽAbbās, d’Ibn ʽUmar, d’Abū Hurayra et d’un groupe parmi les tābiʽīn.
On rapporte néanmoins qu’il n’aurait pas entendu directement de hadiths des Compagnons, pas même d’Ibn ʽAbbās (3), bien qu’on dise qu’il avait plus de sept ans à l’époque (où il aurait pu le rencontrer). Al-Ḍaḥḥāk était un imam en tafsīr (exégèse). Al-Thawrī a dit : « Puisez l’exégèse chez quatre personnes : Mujāhid, ʽIkrima, Saʽīd ibn Jubayr et al-Ḍaḥḥāk. » L’imam Aḥmad affirma : « Il est sûr et digne de confiance. » Ibn Maʽīn et Abū Zurʽa le jugèrent également fiable. Quant à Shuʽba, il mit en doute son audition directe auprès d’Ibn ʽAbbās, soutenant qu’il n’avait rapporté ses hadiths que par l’intermédiaire de Saʽīd le tenant d’Ibn ʽAbbās. Yahyā ibn Saʽīd al-Qaṭṭān l’estimait toutefois faible. Ibn Ḥibbān le mentionna parmi les transmetteurs de confiance et déclara : « Il n’a jamais rencontré directement l’un des Compagnons. » Celui qui prétend qu’il a vu Ibn ʽAbbās, dit-il, se trompe.
Sa mère le porta deux ans dans son sein, et il naquit avec des dents. Il enseignait gracieusement aux enfants ; on raconte qu’il avait jusqu’à trois mille élèves dans son école. Il chevauchait un âne et faisait la tournée depuis al-ʽUlyā (4) pour surveiller leur apprentissage.
On dit qu’il mourut en l’an 105, d’autres disent en 106 de l’Hégire, alors qu’il avait quatre-vingts ans. Dieu est plus savant.