Al-Muhallab. Lorsqu’arriva à Yazîd ibn al-Muhallab la nouvelle de la sortie des armées contre lui, il quitta Bassora et laissa son frère Marwân ibn al-Muhallab comme substitut à sa place. Puis il poursuivit sa route jusqu’à s’installer à Wâsit. Il consulta alors les émirs qui l’accompagnaient sur la conduite à suivre, mais leurs avis divergèrent. Certains lui conseillèrent de se rendre dans la région de l’Ahwâz et de se retrancher au sommet des montagnes. Il s’exclama : « Ne voulez-vous pas plutôt faire de moi un oiseau perché sur le haut d’une montagne ? » D’autres lui suggérèrent de se rendre dans la Jazîra et de s’y installer, en se fortifiant dans la meilleure forteresse qu’elle renferme. Ainsi, des hommes de l’Irak l’incommoderaient, tandis que les habitants de la Jazîra se rallieraient à lui, et il combattrait alors les Syriens au cours d’une campagne aisée et peu coûteuse.
L’année arriva à son terme tandis qu’il était toujours à Wâsit, l’armée syrienne marchant contre lui. Cette même année, c’est ‘Abd al-Rahmân ibn al-Dahhâk ibn Qays, émir de Médine, qui dirigea le pèlerinage. ‘Abd al-‘Azîz ibn ‘Abd Allâh ibn Khâlid ibn Asîd gouvernait la Mecque, ‘Abd al-Hamîd ibn ‘Abd al-Rahmân ibn Zayd ibn al-Khattâb était à la tête de Kûfa, avec ‘Âmir al-Sha‘bî à la fonction de cadi. Quant à Bassora, elle était aux mains de Yazîd ibn al-Muhallab, lequel en avait pris le contrôle et s’était soustrait à l’autorité du commandeur des croyants, Yazîd ibn ‘Abd al-Malik.
Au cours de cette année, plusieurs notables décédèrent en même temps que ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz : il s’agit de Rib‘î ibn Hirâsh, de Muslim ibn Yasâr et d’Abû Sâlih al-Sammân, ce dernier étant un dévot véridique et ferme. Nous l’avons mentionné dans notre livre « Al-Takmîl ». Dieu soit loué pour Sa grâce et Ses bienfaits.
[Puis arriva l’an cent-deux]
Au cours de cette année-là eut lieu la rencontre entre Maslama ibn ‘Abd al-Malik et Yazîd ibn al-Muhallab. En effet, Yazîd ibn al-Muhallab partit de Wâsit, nomma son fils Mu‘âwiya à sa place, et avança à la tête de son armée. Son frère ‘Abd al-Malik ibn al-Muhallab le précédait. Ils parvinrent à un lieu appelé al-‘Aqr, où Maslama ibn ‘Abd al-Malik arriva à la tête de troupes que Yazîd ne pouvait affronter à égalité. Les avant-gardes s’affrontèrent en premier et combattirent avec acharnement. Les gens de Bassora mirent d’abord en déroute ceux de Syrie, mais ces derniers, reprenant courage, contre-attaquèrent et dispersèrent les troupes de Bassora, les mettant en débandade et en tuant plusieurs parmi leurs combattants les plus vaillants, dont al-Mantûf, réputé pour sa bravoure. C’était un affranchi de la tribu de Bakr ibn Wâ’il. Al-Farazdaq composa alors (1) :
« Bakr ibn Wâ’il pleure la perte d’al-Mantûf et interdit que l’on pleure les deux fils de Masma‘ ; qui donc les pleurera ? »
Le poète al-Ja‘d ibn Dirham, affranchi des Thawrî de la tribu de Hamdân, lui répondit. Cet homme fut le premier à adopter les thèses de la Jahmiyya ; c’est lui que Khâlid ibn ‘Abd Allâh al-Qasrî sacrifia le jour de l’‘Îd al-Adhâ. Al-Ja‘d déclara :