[Le califat de Yazîd ibn ‘Abd al-Malik]
Il reçut l’allégeance par le testament de son frère Sulaymân ibn ‘Abd al-Malik, selon lequel il devait détenir le pouvoir après ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz. Quand ‘Umar mourut en rajab de cette même année – c’est-à-dire l’an 101 – la population lui prêta un serment d’allégeance général, alors qu’il avait alors vingt-neuf ans. Au cours de ce mêmes Ramadan, il destitua de son poste de gouverneur de Médine Abû Bakr ibn Muhammad ibn ‘Amr ibn Ḥazm, qu’il remplaça par ‘Abd al-Raḥmân ibn al-Ḍaḥḥâk ibn Qays. Surgirent alors entre ce dernier et Abû Bakr ibn Ḥazm des rivalités et des rancunes, au point qu’il intenta contre lui une accusation et le châtia de deux peines légales.
Cette même année eut lieu un combat entre les kharijites – qui suivaient Basṭâm le kharijite – et l’armée de Kûfa. Les kharijites étaient en petit nombre alors que l’armée de Kûfa comptait près de dix mille cavaliers. Les kharijites manquèrent de peu de les vaincre, mais les troupes s’encouragèrent mutuellement et finirent par écraser les kharijites en les anéantissant complètement, de sorte qu’aucun d’entre eux ne survécut (1).
Cette année-là, Yazîd ibn al-Muhallab se révolta, répudia l’autorité de Yazîd ibn ‘Abd al-Malik et s’empara de Baṣra après un long siège et de durs combats. Lorsqu’il s’y établit, il appliqua la justice envers les habitants, distribua des biens et fit emprisonner son gouverneur ‘Adî ibn Arṭâ, car celui-ci avait détenu les membres de la famille d’al-Muhallab qui vivaient à Baṣra, lorsque Yazîd ibn al-Muhallab s’était évadé de la prison de ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz, comme nous l’avons déjà mentionné (2). Une fois le palais de l’émirat conquis, il se rendit auprès de ‘Adî ibn Arṭâ et le trouva en train de rire.
Yazîd ibn al-Muhallab lui dit : « Je m’étonne de te voir rire, toi qui t’es sauvé du combat comme s’enfuient les femmes, et qui es venu à moi en te faisant traîner telle la condition d’un esclave ! » ‘Adî répondit : « Si je ris, c’est parce que mon existence conditionne la tienne, et qu’il est derrière moi un poursuivant qui ne me lâchera pas. » Yazîd lui demanda : « Qui donc ? » Il répondit : « Les troupes des Banû Umayya en Syrie, qui ne t’épargneront pas. Protège-toi avant que la mer ne déchaîne ses vagues contre toi, et que tu ne demandes grâce en vain. » Après lui avoir rétorqué ce qu’il jugeait bon, Yazîd l’emprisonna, de même qu’il avait emprisonné les siens. L’autorité de Yazîd ibn al-Muhallab s’établit ainsi à Baṣra ; il y envoya ses émissaires dans diverses contrées, plaça un lieutenant en Ahwâz et expédia son frère Mudrik ibn al-Muhallab gouverner le Khurâsân, accompagné d’un groupe de combattants.
Lorsque la nouvelle de ce qui s’était réellement passé parvint clairement à l’Émir des croyants (3) Yazîd ibn ‘Abd al-Malik, celui-ci envoya son neveu al-‘Abbâs ibn al-Walîd ibn ‘Abd al-Malik à la tête de quatre mille hommes, formant l’avant-garde de son oncle Maslama ibn ‘Abd al-Malik, qui menait alors les troupes syriennes. Ils se mirent en route vers Baṣra pour combattre Yazîd ibn