Pendant son califat, il se servait lui-même de ses propres mains et disait : « Je n’ai rien délaissé de cette vie sans que Dieu ne m’ait accordé en retour quelque chose de meilleur. » Il mangeait également des aliments grossiers et ne s’embarrassait d’aucun confort ; il ne les recherchait ni ne les souhaitait. C’est à ce propos qu’Abou Souleiman ad-Dârânî déclara : « ‘Oumar ibn ‘Abd al-‘Azîz était plus détaché (zāhid) qu’Oways al-Qaranî, car ‘Oumar eut la possession du monde dans son intégralité et s’en est détourné. Quant à Oways, on ne sait pas ce qu’il aurait fait s’il avait eu ce que ‘Oumar possédait. En vérité, celui qui a fait l’expérience n’est pas semblable à celui qui ne l’a pas faite. »
Il est aussi rapporté (1) que Mâlik ibn Dînâr disait : « Les gens disent : “Mâlik est un ascète.” En réalité, l’ascète, c’est ‘Oumar ibn ‘Abd al-‘Azîz. Le monde s’est présenté à lui, la bouche grande ouverte, et il l’a repoussé. »
‘Abd Allah ibn Dînâr raconta : « ‘Oumar ne prélevait rien du trésor public comme revenu. » On rapporte également qu’il ordonna à une servante de l’éventer pendant qu’il dormait et qu’elle s’acquitta de cette tâche, avant de s’endormir elle-même. Alors, il prit l’éventail de sa main et se mit à l’éventer, en lui disant : « Tu subis la chaleur tout comme moi. »
Un homme s’adressa un jour à lui en disant : « Dieu te récompense pour l’islam. » Il répondit : « Plutôt que Dieu récompense l’islam pour ce que je suis. »
On dit qu’il portait sous ses vêtements un rude vêtement en poil, et qu’il mettait un carcan à son cou quand il se levait pour prier la nuit. Au matin, il l’enlevait et le déposait en un lieu qu’il scellait, de sorte que personne n’en savait rien. Les gens pensaient qu’il s’agissait d’argent ou de bijoux, tant il y tenait. Lorsqu’il mourut, on ouvrit l’endroit et l’on y trouva un carcan et un vêtement en poil.
Il arrivait qu’il pleure au point de verser du sang mêlé aux larmes. On raconte même qu’il pleura, alors qu’il était sur un toit, jusqu’à ce que ses larmes coulent par le chéneau. Il mangeait des lentilles afin d’attendrir son cœur et d’accroître ses pleurs ; et, dès qu’on évoquait la mort, ses membres se mettaient à trembler.
Un homme récita en sa présence ce verset : « Et quand on les y aura précipités dans un endroit resserré, enchaînés, ils invoqueront là leur destruction. » (Al-Furqân, 13). Il se mit à pleurer abondamment, puis se leva, rentra chez lui et les gens se dispersèrent.
Il répétait souvent : « Ô Dieu, accorde la préservation, accorde la préservation. » Et il disait également : « Ô Dieu, améliore l’état de toute personne dont la droiture profite à la communauté de Muhammad (ﷺ), et anéantis toute personne dont la perte est un bien pour la communauté de Muhammad (ﷺ). »
Il affirmait : « La meilleure adoration consiste à accomplir les obligations et à s’écarter des interdits. »
Il dit encore : « Si quelqu’un devait s’abstenir de commander le bien et d’interdire le mal jusqu’à ce qu’il se soit pleinement corrigé lui-même, alors plus personne ne se soucierait de faire le bien ou de combattre le mal. Le devoir d’ordonner le bien et d’interdire le mal disparaîtrait, et le nombre de ceux qui exhortent et œuvrent sincèrement pour Dieu diminuerait. »
Enfin, il disait : « Ce bas monde est l’ennemi des alliés de Dieu et l’ennemi des ennemis de Dieu. Pour les alliés de Dieu, il est source d’angoisse et de tristesse, tandis que pour Ses ennemis, il les trompe, les disperse et les éloigne de Dieu. »