«Je ne connais pas pour vous de divinité autre que moi.» (Al-Qasas, v. 38) Pharaon prononce cette parole par pur entêtement, alors qu’il sait parfaitement qu’il n’est qu’un serviteur soumis à un Maître et que Dieu est le Créateur, le Façonneur et l’Unique Divinité véritable. C’est ce que signifie le verset : «Et ils les ont niées alors que leurs âmes y étaient convaincues, par injustice et orgueil. Regarde donc quelle fut la fin des corrupteurs.» (An-Naml, v. 14)
Ainsi, lorsqu’il s’adressa à Moïse – paix sur lui – pour contester son message et prétendre qu’il n’existe point d’autre Seigneur qui l’aurait envoyé, il dit : «Qu’est donc le Seigneur des Mondes?» (Ash-Shuʿarâ’, v. 23), car Moïse et Aaron lui avaient déclaré : «Nous sommes vraiment les messagers du Seigneur de l’Univers.» (Ash-Shuʿarâ’, v. 16). En d’autres termes, Pharaon leur demandait : «Qui donc est ce “Seigneur des Mondes” dont vous prétendez qu’Il vous a envoyés?» Moïse répliqua alors : «Le Seigneur des cieux et de la terre et de ce qui est entre eux, si vous êtes convaincus.» (Ash-Shuʿarâ’, v. 24). Il s’agit donc du Créateur de ces cieux et de cette terre que vous observez, et de ce qui s’y trouve : nuages, vents, pluie, végétation et êtres vivants. Toute personne sensée sait qu’ils n’ont pas pu apparaître d’eux-mêmes : il faut nécessairement un Créateur et un Initiateur, à savoir Dieu, l’Unique et le seul Seigneur des Mondes.
Pharaon, s’adressant alors à ses gouverneurs, dignitaires (marâzibah) et ministres, voulut tourner les paroles de Moïse en ridicule. Il leur dit : «N’entendez-vous donc pas (ce qu’il dit)?» (Ash-Shuʿarâ’, v. 25). Moïse poursuivit en ces termes : «(Il est) votre Seigneur et le Seigneur de vos premiers ancêtres.» (Ash-Shuʿarâ’, v. 26). Autrement dit, Il est Celui qui vous a tous créés, vous et ceux qui vous ont précédés : pères, aïeux et générations passées au fil des temps. Car chacun sait qu’il ne s’est pas créé lui-même et qu’il n’est pas apparu sans cause ; Dieu, le Seigneur des Mondes, est donc l’unique Créateur.
Ces deux preuves se retrouvent dans ce verset : «Nous leur montrerons Nos signes dans l’univers et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’il leur devienne évident que c’est la vérité.» (Fussilat, v. 53). Pourtant, malgré ces démonstrations, Pharaon persista dans son égarement, son arrogance et son incrédulité : «Il dit : “En vérité, votre messager qui vous a été envoyé est certainement fou!”» (Ash-Shuʿarâ’, v. 27). Moïse rétorqua : «(Il est) le Seigneur du Levant et du Couchant et de ce qui est entre les deux, si vous comprenez.» (Ash-Shuʿarâ’, v. 28). Autrement dit, Il est Celui qui gouverne ces astres étincelants, fait mouvoir les sphères célestes, crée l’obscurité et la lumière, et détient la seigneurie sur la terre et les cieux. Il est le Maître des premiers et des derniers, Créateur du soleil, de la lune et des constellations, immobiles comme errantes. Il crée la nuit et son obscurité, le jour et sa clarté. Tout se soumet à Son pouvoir et Son ordonnance, tournant dans l’univers et se relayant continuellement.
Quand Pharaon se retrouva sans argument valable, ses subterfuges étant réduits à néant, il recourut à la menace : «Il dit : “Si tu prends un dieu autre que moi, je te mettrai certes parmi les prisonniers.”» (Ash-Shuʿarâ’, v. 29). Moïse de répondre : «“Même si je t’apporte quelque chose de clair?”» (Ash-Shuʿarâ’, v. 30). Pharaon répliqua : «“Apporte-le donc, si tu es du nombre des véridiques.”» (Ash-Shuʿarâ’, v. 31). «Alors (Moïse) jeta son bâton, et le voici transformé en un serpent manifeste. Et il retira sa main, et la voici blanche (resplendissante) pour ceux qui la regardaient.» (Ash-Shuʿarâ’, v. 32-33). Voilà les deux preuves dont Dieu gratifia Moïse, la première étant le bâton, la seconde la blancheur lumineuse de sa main. C’est là un prodige éblouissant qui stupéfia les esprits et les regards, lorsque son bâton se mua en un immense serpent manifeste, d’une nature prodigieuse et extraordinaire.