Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il dit : « Assez ! Votre compagnon ne pourvoyait pas à vos besoins, tandis que Celui qui vous en pourvoit est Vivant et ne meurt point. Quant à votre compagnon, il n’a comblé aucune de vos tombes, mais seulement la sienne. Sachez que chacun de vous devra un jour combler sa propre tombe, par Dieu. En effet, lorsque Dieu créa ce monde, Il le décréta voué à la ruine et destina ses habitants à disparaître. Il n’existe pas de demeure emplie de joie (1) qui ne finisse par se remplir de tristesse, et ils ne se rassemblent jamais sans finir par se séparer, jusqu’à ce que Dieu hérite de la terre et de ceux qui s’y trouvent. Que celui qui veut pleurer pleure donc sur lui-même, car ce qui est advenu à votre compagnon aujourd’hui arrivera à tous les hommes demain.

Maimûn ibn Mihrân raconta : « Je suis sorti avec ‘Umar vers les tombes. Il me dit : “Ô Abû Ayyûb ! Voici les tombes de mes ancêtres, les Banû Umayya, comme s’ils n’avaient jamais partagé leurs plaisirs ni leur aisance avec les gens de ce monde. Ne les vois-tu pas à terre, frappés par les calamités, et la détresse a triomphé d’eux ?” Puis il se mit à pleurer au point de perdre connaissance. Lorsqu’il revint à lui, il dit : “Allons-nous-en. Par Dieu, je ne connais personne plus comblé que celui qui est arrivé en ces tombes, désormais à l’abri du châtiment de Dieu et [attendant la récompense de Dieu] (2).” »

Un autre raconta : ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz sortit un jour pour assister à des funérailles. Quand la sépulture fut terminée, il dit à ses compagnons : “Attendez-moi, je vais rendre visite aux tombes de mes êtres chers.” Il s’y rendit, se mit à pleurer et à invoquer Dieu. Alors la terre l’interpella en disant : “Ô ‘Umar, ne veux-tu pas me demander ce que j’ai fait aux êtres chers ?” Il répondit : “Que leur as-tu fait ?” Elle dit : “J’ai déchiré les linceuls, j’ai dévoré la chair, j’ai brisé les globes oculaires, j’ai mangé les pupilles, j’ai arraché les deux mains des avant-bras, séparé les avant-bras des bras, les bras des épaules, arraché les pieds des jambes, les jambes des cuisses, les cuisses des hanches, et les hanches du tronc.” Et ‘Umar pleurait. Au moment de repartir, la terre lui dit : “Ô ‘Umar, veux-tu que je t’indique des linceuls qui ne se corrompent pas ?” Il demanda : “Lesquels ?” Elle répondit : “La crainte de Dieu et les bonnes œuvres.” (3)

Il dit un jour à l’un de ses compagnons : “Cette nuit, je suis resté éveillé, pris dans ma réflexion.” Celui-ci demanda : “À propos de quoi, ô Prince des croyants ?” Il répondit : “À propos du tombeau et de son occupant. Si tu voyais le défunt au bout de trois jours dans sa tombe et l’état dans lequel il se trouve, tu serais saisi d’effroi rien qu’à l’idée de t’en approcher, alors même que tu vivais longtemps près de lui. Tu verrais une demeure envahie par les vermines, imprégnée de pus et de fluides, où fourmillent les asticots ; l’odeur y est fétide, et les linceuls s’y corrompent après avoir été soignés, parfumés et propres.” Puis il poussa un grand soupir, avant de s’effondrer, inconscient (4).”

(1) Dans (Q, H) : « khibra » est une erreur de lecture ; la forme correcte est attestée dans (B) ainsi que dans le Taʾrīkh d’Ibn ʿAsākir (54/187). Al-ḫibra signifie l’effet de la grâce et de la joie. (2) Dans (H) et le Taʾrīkh d’Ibn ʿAsākir (54/189) : « ḥallat fīhim al-muthallāt », tandis que dans (Q) : « khallat bihim ». La forme correcte est attestée dans (B). Al-muthallāt désigne les châtiments infligés en raison de la faute. « Khallat » signifie « ont disparu » ; il s’agit d’une allusion au verset coranique : « Et ils te pressent de la mauvaise nouvelle avant la bonne, alors que des exemples ont déjà disparu avant eux » (Coran 13:6). Son sens est que les muthallāt (exemples, châtiments) ont disparu parmi certains peuples, ou que les auteurs des muthallāt ont disparu, l’ajout du complément étant omis. Voir Majmaʿ al-Bayān (3/278). (3) Ce qui est entre les deux parenthèses ne se trouve ni dans al-Uṣūl ni dans le Taʾrīkh d’Ibn ʿAsākir ; il provient de (Q). (4) Taʾrīkh d’Ibn ʿAsākir (54/189). (5) Taʾrīkh d’Ibn ʿAsākir (54/190).
فقال: مَهْ، إن صاحبَكم لم يكنْ يرزقُكم، وإنَّ الذي يرزقُكم حيٌّ لا يموت، وإنَّ صاحبَكم هذا، لم يسدَّ شيئًا من حُفَركم، وإنما سدَّ حفرةَ نفسِه، ألا وإنَّ لكلِّ امرئٍ منكم حفرةً لا بدَّ والله أن يسدَّها، إنَّ الله (عز وجل) لما خلَقَ الدنيا حكم عليها بالخرَاب، وعلى أهلها بالفناء، ما امتلأتْ دارٌ حَبْرَةُ (١) إلا امتلأتْ عَبْرَةً، ولا اجتمعوا إلا تفرَّقوا، حتى يكونَ الله هو الذي يرثُ الأرضَ ومَنْ عليها، فمن كان منكم باكيًا فليبكِ على نفسه، فإنَّ الذي صار إليه صاحبُكم كلُّ الناس يصيرون إليه غدًا. وقال ميمون بن مِهْرَان: خرجتُ مع عمرَ إلى القبور فقال لي: يا أبا أيوب! هذه قبورُ آبائي بني أمية، كأنهم لم يشاركوا أهلَ الدنيا في لذَّتهم وعيشِهم، أما تراهم صَرْعَى قد خَلَتْ فيهم المَثُلات (٢) ، واستحكم فيهم البلاء؟ ثم بكى حتى غُشي عليه، ثم أفاق فقال: انطلقوا بنا، فوالله لا أعلمُ أحدًا أنعمَ ممَّنْ صار إلى هذه القبور، وقد أمِنَ من عذابِ الله، [ينتظر ثواب الله] (٣) . وقال غيرُه: خرج عمر بن عبد العزيز في جنازة فلما دُفنت قال لأصحابه: قفوا حتى آتي قبورَ الأحبَّة. فأتاهم فجعل يبكي ويدعو، إذْ هتفَ به الترابُ فقال: يا عمر ألا تسألُني ما فعلتُ بالأحبَّة؟ قال: قلتُ: وما فعلتَ بهم؟ قال: مزَّقْتُ الأكفان، وأكلتُ اللحوم، وشدَخْتُ المقلتين، وأكلتُ الحدقَتْين، ونَزَعْتُ الكفَّين من السَّاعدَيْنِ، والساعدَيْن من العَضُدَيْن، والعضدَيْن من المنكبَيْن، والمنكبينِ من الصُّلب، والقدَمَيْنِ من الساقَيْن، والساقينِ من الفخِذَيْن، والفخذينِ من الوَرْك، والوَرْكَ من الصُّلب. وعمر يبكي، فلما أراد أن يذهب قال له: يا عمر، أدلُّك على أكفانٍ لا تبلَى؟ قال: وما هي؟ قال: تقوى الله والعمل الصالح (٤) . وقال مرة لرجل من جلسائه: لقد أرقتُ الليلةَ مفكِّرًا، قال: وفيمَ يا أمير المؤمنين؟ قال: في القبر وساكنِه، إنك لو رأيتَ الميت بعد ثلاث في قبره، وما صار إليه، لاستوحشتَ من قربِه بعد طولِ الأُنس منك بناحيته، ولرأيتَ بيتًا تجولُ فيه الهوامُّ ويجري فيه الصديد، وتخترقُ فيه الديدان، مع تغيُّر الريح، وبِلَى الأكفان بعد حُسن الهيئة وطيب الريح، ونقاء الثوب، قال: ثم شهق شهقة خرَّ مغشيًّا عليه (٥) .
(١) في (ق، ح): "خبرة" تصحيف، والمثبت من (ب) وتاريخ ابن عساكر (٥٤/ ١٨٧)؛ والحبرة: أثر النعمة والسرور. (٢) في (ح) وتاريخ ابن عساكر (٥٤/ ١٨٩): "حلت فيهم المثلات"، وفي (ق): "خلت بهم"، والمثبت من (ب) والمثلات: العقوبات التي يقع بها الاعتار. وخلت: مضَتْ إشارة إلى قوله تعالى: ﴿وَيَسْتَعْجِلُونَكَ بِالسَّيِّئَةِ قَبْلَ الْحَسَنَةِ وَقَدْ خَلَتْ مِنْ قَبْلِهِمُ الْمَثُلَاتُ﴾ [الرعد: ٦] وتقديره: خلت المثلات بأقوام أو خلا أصحاب المثلات فحذف المضاف. انظر مجمع البيان (٣/ ٢٧٨). (٣) ما بين الحاصرتين ليس في الأصول ولا تاريخ ابن عساكر وهو من (ق). (٤) تاريخ ابن عساكر (٥٤/ ١٨٩). (٥) تاريخ ابن عساكر (٥٤/ ١٩٠).

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