Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

La Mère des Croyants, ʿĀʾisha, entendit un homme qui disait à des gens, alors qu’ils cheminaient sur la route du pèlerinage : « Quel frère est le plus sûr pour son frère ? » Les gens gardèrent le silence. ʿĀʾisha déclara alors à ceux qui entouraient sa litière : « Il s’agit de Mûsā, fils de ʿImrân, lorsqu’il intercéda en faveur de son frère Hārûn. Puis la Révélation lui parvint (1). » Dieu – Exalté soit-Il – dit : « Et Nous lui fîmes don, par Notre miséricorde, de son frère Aaron comme prophète » (Coran 19 :53). Et Il dit dans la sourate Ash-Shuʿarā’ :

« (10) Rappelle-toi lorsque ton Seigneur appela Moïse : “Rends-toi auprès du peuple injuste, (11) le peuple de Pharaon. Ne craindront-ils pas [Allah] ?” (12) [Moïse] dit : “Ô mon Seigneur, je crains qu’ils ne me traitent de menteur, (13) que ma poitrine ne se resserre et que ma langue ne se délie pas, envoie donc [un messager] à Aaron ; (14) ils me reprochent une faute et je crains qu’ils ne me tuent.” (15) [Allah] dit : “Mais non ! Allez-y tous deux avec Nos signes : Nous sommes avec vous, à l’écoute. (16) Allez tous deux auprès de Pharaon et dites : ‘Nous sommes, tous deux, un Messager du Seigneur des mondes (17) Laisse partir avec nous les Enfants d’Israël.’” (18) [Pharaon] dit : “Ne t’avons-nous pas élevé parmi nous, alors que tu n’étais qu’un nourrisson ? Et n’as-tu pas demeuré chez nous durant des années de ta vie ? (19) Puis tu as commis l’acte que tu as commis, et tu es de ceux qui nient [notre bienfait].” (20) [Moïse] dit : “J’ai commis cet acte alors que j’étais encore égaré.” » [Ash-Shuʿarā’ : 10-20].

Le sens sous-jacent est : ils se rendirent auprès de lui et lui transmirent ce pour quoi ils avaient été envoyés : l’appeler à l’adoration d’Allah, Lui Seul sans associé, et lui ordonner de libérer les captifs des Enfants d’Israël de son emprise, de sa domination et de sa tyrannie, afin qu’ils puissent adorer leur Seigneur là où ils le souhaiteraient et se consacrer à L’unifier, L’invoquer et L’implorer. Mais Pharaon s’enorgueillit, s’obstina et se rebella. Il considéra Moïse avec mépris et dédain, en lui disant :

« Ne t’avons-nous pas élevé chez nous alors que tu n’étais qu’un enfant, et ne t’avons-nous pas accordé nos bienfaits pendant un certain temps ? » Cela montre que le Pharaon à qui Moïse fut envoyé était bien celui dont il s’était enfui, contrairement à ce que disent les Gens du Livre, selon lesquels ce Pharaon-là serait mort pendant le séjour de Moïse à Madyan, et que celui auprès de qui il fut envoyé était un autre Pharaon.

Et [Pharaon] dit : « Tu as commis l’acte que tu as commis alors que tu étais au nombre des ingrats », c’est-à-dire : « Tu as tué l’homme égyptien, tu t’es enfui de chez nous, et tu as nié notre bienfait à ton égard. »

« [Moïse] dit : “J’ai commis cela alors que j’étais encore égaré” », c’est-à-dire : avant que la Révélation ne vienne à moi et que le message ne me soit descendu. « Je me suis donc enfui de chez vous lorsque j’ai eu peur de vous. Puis mon Seigneur m’a accordé la sagesse », c’est-à-dire la prophétie, « et m’a fait compter parmi les envoyés. » (Ash-Shuʿarā’ : 21)

Ensuite [Moïse] répondit à Pharaon au sujet du bienfait dont il se vantait :
« Et ce bienfait dont tu te glorifies à mon égard : c’est d’avoir réduit en esclavage les Enfants d’Israël » (Ash-Shuʿarā’ : 22),
c’est-à-dire : « Ce bienfait dont tu te targues, celui d’avoir bien agi envers moi, un seul individu issu des Enfants d’Israël, ne saurait compenser le fait que tu as assujetti ce grand peuple tout entier, le réduisant à ton service, à tes travaux et à tes charges. »

« Pharaon dit : “Et qu’est donc le Seigneur de l’univers ?” (23) Moïse dit : “Le Seigneur des cieux et de la terre et de ce qui existe entre eux, si vous en êtes convaincus.” (24) [Pharaon] dit à ceux qui l’entouraient : “N’entendez-vous pas ?” (25) [Moïse] dit : “Votre Seigneur et le Seigneur de vos plus anciens ancêtres.” (26) [Pharaon] dit : “En vérité, votre messager qui vous a été envoyé est fou.” (27) [Moïse] dit : “Le Seigneur du Levant et du Couchant et de ce qui est entre les deux, si vous avez quelque raison.” » (Ash-Shuʿarā’ : 23-28).

Dieu – exalté soit-Il – rapporte les échanges, les arguments et la discussion qui eurent lieu entre Pharaon et Moïse, et comment Moïse, le Kalîm (celui à qui Dieu parla), a établi la preuve rationnelle et concrète face à ce Pharaon détestable. Car Pharaon – qu’Allah le défigure – afficha publiquement son rejet du Créateur (Puissance et Majesté à Lui). Il prétendit même être la divinité, en proclamant : « Il rassembla [ses gens] et lança un appel (23) en disant : “Je suis votre Seigneur, le Très-Haut.” » (An-Nāziʿāt : 23-24)

Et il dit aussi :
« Ô notables ! »

(1) Mentionné par al-Suyūṭī dans al-Durr al-Manthūr (5/ 567).
أمّ المؤمنين عائشة رجلًا يقول لأناس وهم سائرون في طريق الحجّ: أي أخ أمَنُّ على أخيه؟ فسكت القوم، فقالت عائشة: لمن حولَ هودجها: هو موسى بن عمران حين شفع في أخيه هارون، فأوحي إليه (١) ، قالَ الله تعالى ﴿وَوَهَبْنَا لَهُ مِنْ رَحْمَتِنَا أَخَاهُ هَارُونَ نَبِيًّا﴾، وقال تعالى في سورة الشعراء: ﴿وَإِذْ نَادَى رَبُّكَ مُوسَى أَنِ ائْتِ الْقَوْمَ الظَّالِمِينَ (١٠) قَوْمَ فِرْعَوْنَ أَلَا يَتَّقُونَ (١١) قَالَ رَبِّ إِنِّي أَخَافُ أَنْ يُكَذِّبُونِ (١٢) وَيَضِيقُ صَدْرِي وَلَا يَنْطَلِقُ لِسَانِي فَأَرْسِلْ إِلَى هَارُونَ (١٣) وَلَهُمْ عَلَيَّ ذَنْبٌ فَأَخَافُ أَنْ يَقْتُلُونِ (١٤) قَالَ كَلَّا فَاذْهَبَا بِآيَاتِنَا إِنَّا مَعَكُمْ مُسْتَمِعُونَ (١٥) فَأْتِيَا فِرْعَوْنَ فَقُولَا إِنَّا رَسُولُ رَبِّ الْعَالَمِينَ (١٦) أَنْ أَرْسِلْ مَعَنَا بَنِي إِسْرَائِيلَ (١٧) قَالَ أَلَمْ نُرَبِّكَ فِينَا وَلِيدًا وَلَبِثْتَ فِينَا مِنْ عُمُرِكَ سِنِينَ (١٨) وَفَعَلْتَ فَعْلَتَكَ الَّتِي فَعَلْتَ وَأَنْتَ مِنَ الْكَافِرِينَ (١٩) قَالَ فَعَلْتُهَا إِذًا وَأَنَا مِنَ الضَّالِّينَ﴾ [الآيات: ١٠ - ٢٠] تقدير الكلام: فأَتَيَاه فقالا له ذلك، وبلَّغاه ما أُرْسلا به من دعوته إلى عبادة الله تعالى وحدَه لا شريك له، وأن يفك أسارى بني إسرائيل من قبضته، وقهره، وسطوته، وتركهم يعبدون ربّهم حيث شاؤوا، ويتفرَّغون لتوحيده، ودعائه، والتضرُّع لديه، فتكبَّر فرعون في نفسه، وعتا، وطغى، ونظر إلى موسى بعين الازدراء والتنقّص قائلًا له: ﴿أَلَمْ نُرَبِّكَ فِينَا وَلِيدًا وَلَبِثْتَ فِينَا مِنْ عُمُرِكَ سِنِينَ﴾ أي: أما أنت الذي ربَّيناه فيِ منزلنا وأحسنَّا إليه، وأنعمنا عليه مدةً من الدَّهر؟ وهذا يدلّ على أنَّ فرعون الذي بُعث إليه هو الذي فرَّ منه، خلافًا لما عند أهل الكتاب من أن فرعون الذي فَرَّ منه مات في مُدّة مقامه بِمَدْين، وأن الذي بُعِث إليه فرعونٌ آخر. وقوله: ﴿وَفَعَلْتَ فَعْلَتَكَ الَّتِي فَعَلْتَ وَأَنْتَ مِنَ الْكَافِرِينَ﴾ أي: وقتلت الرجل القبطي، وفررت منّا، وجحدت نعمتنا، ﴿قَالَ فَعَلْتُهَا إِذًا وَأَنَا مِنَ الضَّالِّينَ﴾ أي: قبل أن يوحَى إليَّ وينزَل عليَّ ﴿فَفَرَرْتُ مِنْكُمْ لَمَّا خِفْتُكُمْ فَوَهَبَ لِي رَبِّي حُكْمًا﴾ أي: نبوَّة، ﴿وَجَعَلَنِي مِنَ الْمُرْسَلِينَ﴾ [الشعراء: ٢١] . ثم قال، مجيبًا لفرعون عما امتنّ به من التربية والإحسان إليه: ﴿وَتِلْكَ نِعْمَةٌ تَمُنُّهَا عَلَيَّ أَنْ عَبَّدْتَ بَنِي إِسْرَائِيلَ﴾ [الشعراء: ٢٢] ، أي: وهذه النعمة التى ذكرت من أنّك أحسنت إليّ، وأنا رجل واحد من بني إسرائيل تقابل ما استخدمت هذا الشعب العظيم بكماله، واستعبدتهم في أعمالك، وخدمِك، وأشغالك. ﴿قَالَ فِرْعَوْنُ وَمَا رَبُّ الْعَالَمِينَ (٢٣) قَالَ رَبُّ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَمَا بَيْنَهُمَا إِنْ كُنْتُمْ مُوقِنِينَ (٢٤) قَالَ لِمَنْ حَوْلَهُ أَلَا تَسْتَمِعُونَ (٢٥) قَالَ رَبُّكُمْ وَرَبُّ آبَائِكُمُ الْأَوَّلِينَ (٢٦) قَالَ إِنَّ رَسُولَكُمُ الَّذِي أُرْسِلَ إِلَيْكُمْ لَمَجْنُونٌ (٢٧) قَالَ رَبُّ الْمَشْرِقِ وَالْمَغْرِبِ وَمَا بَيْنَهُمَا إِنْ كُنْتُمْ تَعْقِلُونَ﴾ [الشعراء: ٢٣ - ٢٨] . يذكر تعالى ما كان بين فرعون وموسى من المقاولة، والمحاجَّة، والمناظرة، وما أقامه الكليم على فرعونَ اللئيمِ من الحجّة العقليّة المعنويّة ثم الحسيِّة. وذلك أنَّ فرعون قَبَّحه الله أظهر جحد الصانع (تعالى) ، وزعم أنّه الإله ﴿فَحَشَرَ فَنَادَى (٢٣) فَقَالَ أَنَا رَبُّكُمُ الْأَعْلَى﴾ [النازعات: ٢٣ - ٢٤] . وقال: ﴿يَاأَيُّهَا الْمَلَأُ
(١) ذكره السيوطي في الدر المنثور (٥/ ٥٦٧).

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