Puis il ordonna de vendre ces montures califales à celui qui offrirait le prix le plus élevé. C’étaient des chevaux de grande qualité et de haute valeur. Il les vendit donc et versa le produit de la vente dans le trésor public.
Ils rapportent : Quand il revint de la cérémonie funèbre, après que les gens eurent prêté serment d’allégeance et que le califat se fut établi sous son nom, il rentra chez lui accablé de tristesse et d’inquiétude. Son serviteur lui dit : « Pourquoi es-tu ainsi préoccupé et angoissé, alors que ce n’est pas le moment pour cela ? » Il répondit : « Malheur à toi ! Comment ne serais-je pas affligé quand il n’existe personne à l’est ou à l’ouest de cette communauté qui ne me réclame son droit pour que je l’honore, qu’il m’écrive ou non, qu’il me le demande ou non ? »
Ils disent encore : Il laissa alors le choix à son épouse Fâtima : soit rester avec lui, tout en sachant qu’il n’aurait aucun loisir à lui consacrer, soit rejoindre sa famille. Elle pleura, et ses servantes pleurèrent avec elle, ce qui créa un tumulte dans sa demeure. Puis elle choisit de demeurer à ses côtés en toute circonstance – Dieu lui fasse miséricorde.
Un homme lui demanda : « Te consacreras-tu à nous, ô Commandeur des croyants ? » Il se mit alors à réciter :
« Voici venu l’ouvrage accaparant
Et tu t’es détourné des sentiers du repos.
Le temps libre est révolu, plus de répit pour nous
Jusqu’au Jour de la Résurrection. » (1)
Al-Zubayr ibn Bakkâr raconta : « Muhammad ibn Sallâm m’a rapporté, d’après Sallâm ibn Sulaym, que lorsque ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz accéda au pouvoir, il monta en chaire. Sa première khutba (prêche) fut : il loua Dieu et Le glorifia, puis dit : “Ô gens, que celui qui nous accompagne le fasse en respectant cinq principes ; sinon qu’il se sépare de nous : qu’il nous signale le besoin de celui qui ne peut nous l’apporter lui-même, qu’il nous aide de toutes ses forces dans l’accomplissement du bien, qu’il nous indique où se trouve le bien quand nous n’y voyons pas clair, qu’il ne médit jamais du peuple en notre présence, et qu’il ne se mêle pas de ce qui ne le regarde pas.” Là-dessus, les poètes et les orateurs se retirèrent, tandis que les juristes et les ascètes demeurèrent auprès de lui, disant : “Nous ne pouvons nous détourner de cet homme qu’une fois que ses actes ne correspondront plus à ses paroles.” (1)
Sufyân ibn ‘Uyaynah dit : « Quand ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz devint calife, il fit appeler Muhammad ibn Ka‘b, Rajâ’ ibn Haywah et Sâlim ibn ‘Abd Allâh, puis leur dit : “Vous voyez l’épreuve dont j’ai hérité et ce qui m’est tombé dessus ; quel conseil avez-vous ?” Muhammad ibn Ka‘b répondit : “Considère le vieillard comme un père, l’homme d’âge moyen comme un frère, et le jeune comme un fils (2) : honore ton père, maintiens le lien avec ton frère et sois plein de tendresse envers ton enfant.”” Rajâ’ ajouta : “Agrée pour les gens ce que tu agréerais pour toi-même, et tout ce dont tu ne voudrais pas qu’on te fasse, ne le leur inflige pas. Sache aussi que tu es le premier calife qui mourra.” »