Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Une nuit, on s’entretint avec ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz, et il dit : « Tout ce que tu as rapporté, je l’ai déjà entendu, mais toi tu l’as retenu alors que je l’ai oublié. » (1)

Ibn Wahb, rapportant d’al-Layth, lui-même dʿUqayl, d’après az-Zuhrī, rapporte qu’ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz raconta : « Al-Walīd m’envoya chercher un jour à l’heure de la sieste. J’entrai alors auprès de lui et le trouvai le visage fermé. Il me fit signe de m’asseoir, et je m’assis devant lui. Il me dit : “Que penses-tu de celui qui insulte les califes ? Faut-il le mettre à mort ?” Je gardai le silence. Il répéta sa question, je gardai le silence. Il la répéta une troisième fois et je lui dis : “Le tuer, ô Commandeur des croyants ?” Il me répondit : “Non, il ne fait que les injurier.” Je répondis : “Alors qu’on lui inflige une peine exemplaire (yunakkal bihi).” Il se mit en colère et s’en alla retrouver les siens. Ibn ar-Rayyan, le bourreau, me dit alors : “Va-t’en.” Je partis, et chaque fois que le vent soufflait, je m’imaginais que c’était un messager qui venait me rappeler auprès de lui. »

ʿUthmān ibn Zufar (2) raconta : « Le calife Sulaymān ibn ʿAbd al-Malik, alors Commandeur des croyants, arriva avec ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz à l’emplacement de son camp, où se tenaient ses chevaux, ses chameaux, ses mulets, son matériel et ses hommes. Sulaymān demanda à ʿUmar : “Qu’en dis-tu, ʿUmar ?” Il répondit : “Je vois ici un monde (dunyā) dont une partie dévore l’autre, et toi, tu en es responsable devant Dieu.” Quand ils approchèrent du camp, un corbeau parvint à emporter un morceau de nourriture de la tente de Sulaymān et, tout en s’envolant, poussa un croassement. Sulaymān demanda à ʿUmar : “Qu’en dis-tu, ʿUmar ?” Il répondit : “Je n’en sais rien.” Sulaymān reprit : “Que te semble-t-il dire ?” ʿUmar répondit (3) : “On dirait qu’il dit : ‘D’où est-ce venu et où cela va-t-il disparaître ?’” Sulaymān demanda : “Qu’est-ce qui t’étonne le plus ?” ʿUmar répondit : “Ce qui me surprend surtout, c’est celui qui connaît Dieu et pourtant Lui désobéit, celui qui connaît Satan et pourtant lui obéit, et celui qui connaît ce monde et malgré tout s’y attache.” (4)

On rapporte également que lorsque Sulaymān et ʿUmar se tinrent à ʿArafât (5), Sulaymān s’émerveilla du nombre de fidèles rassemblés. ʿUmar lui dit : “Ô Commandeur des croyants, ils sont ton peuple aujourd’hui, mais tu en répondras demain.” Selon une autre version, il lui dit : “Ils seront tes accusateurs le Jour de la Résurrection.” Sulaymān se mit à pleurer et déclara : “C’est Dieu dont nous implorons l’aide.”

Il est aussi rapporté qu’au cours d’un voyage, ils furent surpris par un violent tonnerre, des éclairs et une obscurité profonde. Alors qu’il riait, Sulaymān lui dit : “Tu ris dans une telle situation ?” ʿUmar répondit : “Oui, car voici des signes de Sa miséricorde dans un état qui nous effraie déjà. Que dire alors des signes de Sa colère et de Son châtiment ?”

L’imam Mâlik raconta qu’une fois, Sulaymān et ʿUmar eurent un échange de paroles, au cours duquel Sulaymān s’emporta et lui dit : “Tu mens !” ʿUmar répondit : “Me dire que je mens ? Par Dieu, je n’ai jamais menti depuis que j’ai su que le mensonge nuit à son auteur.” Il coupa ensuite tout contact avec Sulaymān et se prépara à s’en aller.

(1) Tārīkh Ibn ʿAsākir, vol. 54, p. 120. (2) Dans (H, Q) : « ʿUthmān b. Zubayr » est une coquille ; la forme correcte, attestée dans (B) et dans Tārīkh Ibn ʿAsākir 54/121, avec sa notice biographique également à 45/217. (3) Dans (Q) : « Qultu » est une coquille, la forme correcte étant attestée dans (H, B) et dans Tārīkh Ibn ʿAsākir. (4) Le rapport se trouve dans Tārīkh Ibn ʿAsākir 54/121 et dans un sens similaire. (5) Voir 9/179 (Q).
عمرَ بنِ عبد العزيز ذاتَ ليلة فحدَّثته، فقال: كلُّ ما حدثتَ فقد سمعتُه، ولكنْ حفظتَ ونُسِّيتُ (١) . وقال ابن وَهْب، عن اللَّيث، عن عقيل، عن الزُّهري قال: قال عمر بنُ عبد العزيز: بعث إليَّ الوليد ذاتَ ساعةٍ من الظهيرة، فدخلتُ عليه، فإذا هو عابس، فأشار إليَّ أن اجلسْ، فجلستُ بين يديه فقال: ما تقولُ فيمنْ يَسُبُّ الخلفاء أيُقتل؟ فسكتُّ، ثم أعادَ فسكتُّ، ثم أعادَ فقلت: أقَتَل يا أميرَ المؤمنين؟ قال: لا، ولكنْ سبَّ، فقلت: يُنَكَّلُ به، فغَضِبَ وانصرف إلى أهله، وقال لي ابنُ الرَّيَّان السيَّافُ: اذهَبْ. قال: فخرجتُ من عندِ وما تهبُّ ريحٌ إلا وأنا أظنُّ أنه رسولٌ يردُّني إليه. وقال عثمان بن زُفَر (٢) : أقبل سليمان بن عبد الملك وهو أميرُ المؤمنين ومعه عمر بن عبد العزيز على معسكر سليمان، وفيه تلك الخيول والجمال والبغال والأثقال والرجال، فقال له سليمان: ما تقولُ يا عمرُ في هذا؟ فقال: أرى دنيا يأكلُ بعضُها بعضًا وأنت المسؤول عن ذلك كله، فلما اقتربوا من المعسكر إذا غرابٌ قد أخذ لقمة في فيه من فسطاط سليمان وهو طائرٌ بها، ونَعَبَ نعبةً، فقال له سليمان: ما تقولُ في هذا يا عمر؟ فقال: لا أدري، فقال: ما ظنك أنه يقول؟ قال (٣) : كأنَّه يقول: من أين جاءَتْ وأين يُذهَبُ بها؟ فقال له سليمان: ما أعجبَك؟ فقال عمر: أعجَبُ منِّي مَنْ عَرَف الله فعصاه، ومن عرف الشيطانَ فأطاعَه، ومن عرف الدنيا فركن إليها (٤) . وتقدَّم أنه لما وقف سليمانُ وعمر بعَرَفه (٥) ، فجَعَلَ سليمان يعجبُ من كثرةِ الناس! فقال له عمر: يا أمير المؤمنين، هؤلاء رعيَّتُكَ اليوم وأنت مسؤولٌ عنهم غدًا. وفي رواية: وهم خصماؤك يومَ القيامة. فبكى سليمان وقال: بالله نستعين. وتقدم أنه لما أصابهم في بعض الأسفار رَعْدٌ شديد، وبَرْق وظلمةٌ شديدة، فجعل عمر يضحك من ذلك، فقال له سليمان: أتضحك ونحن فيما ترى؟ ! فقال: نعم هذه آثارُ رحمتِه ونحنُ في هذه الحال، فكيف بآثارِ غضَبه وعقابِه؟ وذكر الإمام مالك، أنَّ سليمان وعُمر تقاولا مرَّةً فقال له سليمان في جملةِ الكلام: كذبتَ، فقال: تقول لي كذبت؟ والله ما كذبتُ منذُ عرفتُ أنَّ الكذبَ يضرُّ أهلَه. ثم هجره عمر وعزم على الرحيل إلى
(١) تاريخ ابن عساكر (٥٤/ ١٢٠). (٢) في (ح، ق): "عثمان بن زبر" تصحيف والمثبت من (ب) وتاريخ ابن عساكر ٥٤/ ١٢١ وترجمته فيه (٤٥/ ٢١٧). (٣) في (ق): "قلت" تصحيف، والمثبت من (ح، ب) وتاريخ ابن عساكر. (٤) الخبر في تاريخ ابن عساكر (٥٤/ ١٢١) بنحوه. (٥) انظر ٩/ ١٧٩ (ق).

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