L’intention est la suivante : lorsque Dieu – qu’Il soit exalté – ordonna à Moïse (que la paix soit sur lui) de se rendre auprès de Pharaon, Moïse déclara : « Seigneur, j’ai tué l’un des leurs et je crains qu’ils ne me tuent (v. 33). Et mon frère Aaron est plus éloquent que moi de la langue ; envoie-le donc avec moi comme renfort, pour qu’il confirme mes propos, car je crains qu’ils ne me traitent de menteur (v. 34). » Alors Dieu répondit : « Nous affermirons ton bras par ton frère et vous donnerons un pouvoir, si bien qu’ils ne pourront vous atteindre grâce à Nos signes. Vous deux, ainsi que ceux qui vous suivront, serez les vainqueurs (v. 35). » (Al-Qasas, 28 : 33-35)
Dieu – qu’Il soit exalté – informe ici du discours de Son serviteur, Son messager et confident Moïse (que la paix soit sur lui) lorsqu’Il lui ordonna de se rendre chez l’ennemi dont il s’était enfui auparavant, quittant l’Égypte pour fuir sa tyrannie et son injustice, après l’épisode de la mise à mort de l’Égyptien. C’est pourquoi Moïse dit : « Seigneur, j’ai tué l’un des leurs et je crains qu’ils ne me tuent. Et mon frère Aaron est plus éloquent que moi de la langue ; envoie-le donc avec moi comme renfort pour qu’il confirme mes propos, car je crains qu’ils ne me traitent de menteur. » Autrement dit : « Fais qu’il soit mon allié, mon soutien et mon ministre dans l’accomplissement de Ta mission auprès d’eux, car il est plus doué que moi dans l’expression et plus clair dans ses propos. »
Dieu – qu’Il soit exalté – exauça alors sa requête en lui disant : « Nous affermirons ton bras par ton frère et vous donnerons un pouvoir (un argument éclatant). Ils ne pourront vous atteindre (vous faire du mal), car vous agissez en vertu de Nos signes. Certains ont dit : “Par la bénédiction de Nos signes, vous deux, ainsi que ceux qui vous suivront, serez les vainqueurs.” »
Dans la sourate Tâ-Hâ (20 : 24-28), Il est également dit : « Va vers Pharaon, car il a dépassé les limites (v. 24). [Moïse] dit : “Seigneur, ouvre mon cœur, facilite ma mission, dénoue le nœud de ma langue afin qu’ils comprennent mes paroles” (v. 25-28). » On rapporte que la difficulté d’élocution qui affectait la langue de Moïse provenait de la braise qu’il avait un jour posée sur sa langue quand Pharaon voulut éprouver son intelligence alors qu’il n’était qu’un enfant. En effet, Moïse avait attrapé la barbe de Pharaon, ce qui faillit lui coûter la vie, mais Asiya (1) plaida en faveur de l’enfant, faisant valoir qu’il n’était encore qu’un petit. On mit alors devant lui une datte et un tison ardent pour le tester ; il voulut d’abord prendre la datte, mais l’Ange lui dirigea la main vers la braise, il la saisit et la posa sur sa langue ; c’est ainsi qu’il fut légèrement gêné dans son élocution. Aussi Moïse demanda que l’on atténue ce défaut juste assez pour que ses interlocuteurs comprennent ses paroles, sans pour autant l’abolir totalement.
Al-Hasan al-Basrî explique que les prophètes ne demandent que ce dont ils ont réellement besoin. C’est pourquoi il subsista chez Moïse un léger défaut d’élocution. Pharaon, honte à lui, y vit un prétexte pour dénigrer le Prophète en disant : « et il s’exprime à peine clairement » (Az-Zukhruf, 43 : 52), sous-entendant qu’il n’arrive pas à exprimer pleinement ce qu’il veut dire. Ensuite, Moïse poursuivit : « Assigne-moi un assistant parmi les miens, Aaron mon frère, fortifie par lui ma résolution et associe-le à ma mission, afin que nous Te glorifiions abondamment, que nous Te mentionnions souvent, car Tu veilles constamment sur nous (v. 29-35). » Dieu répondit : « Tu es exaucé, Moïse (v. 36). » (Tâ-Hâ, 20 : 29-36)
Autrement dit : « Nous t’avons accordé tout ce que tu as demandé et avons exaucé ta requête. » C’est là un indice de la haute considération dont jouissait Moïse auprès de son Seigneur – qu’Il soit exalté –, puisqu’il intercéda pour que Dieu révélât également Sa Parole à son frère, et Dieu exauça son vœu. C’est là un honneur immense. Dieu – qu’Il soit exalté – dit : « Il était haut placé auprès de Dieu » (Al-Ahzâb, 33 : 69), et Il dit encore : « Et Nous lui fîmes don, dans Notre miséricorde, de son frère Aaron comme prophète » (Maryam, 19 : 53). C’est ainsi que tu l’as entendu.