Il s’est acquitté de la charge qui lui fut confiée et garde-toi de pencher vers autre chose que la vérité, car rien n’échappe à Dieu. Ne t’éloigne pas non plus de Dieu, car il n’existe point de refuge contre Lui si ce n’est auprès de Lui. [Il écrivit d’ailleurs maintes exhortations de ce genre aux gouverneurs. Al-Bukhârî rapporte dans son «Ṣaḥîḥ» (1) : «‘Umar écrivit à ‘Adî ibn ‘Adî : ‘La foi comporte des obligations, des prescriptions, des limites et des pratiques. Quiconque les accomplit toutes aura achevé la foi, et quiconque ne le fait pas n’aura pas parachevé la foi. Si je vis, je vous les expliquerai afin que vous les mettiez en pratique, et si je meurs, je ne suis pas soucieux de demeurer en votre compagnie.’» (2)]
[Cette même année marqua le début de l’appel (da‘wa) des Banî al-‘Abbâs.] Voici ce qu’il en fut : Muḥammad ibn ‘Alî ibn ‘Abd Allâh ibn al-‘Abbâs, qui résidait alors dans la région d’al-Sharâh (3), envoya depuis son camp un homme nommé Maysara en Irak, et dépêcha un autre groupe composé de Muḥammad ibn Khunays, Abû ‘Ikrima as-Sarrâj — également appelé Abû Muḥammad aṣ-Ṣâdiq —, et Ḥayyân al-‘Aṭṭâr, oncle maternel d’Ibrâhîm ibn Salama, au Khorassan. Cette province était alors administrée par al-Jarrâḥ ibn ‘Abd Allâh al-Ḥakamî, avant qu’il ne soit démis de ses fonctions durant le mois de Ramadan. Il leur confia la mission de prêcher en son nom et au nom des gens de sa maison. Ils rencontrèrent ceux qu’ils purent, avant de revenir munis de lettres émanant de ceux qui avaient répondu à leur appel, qu’ils remirent à Maysara en Irak. Celui-ci les transmit à Muḥammad ibn ‘Alî, qui s’en réjouit vivement. Il vit en effet dans ces réponses les premiers signes d’une affaire que Dieu avait décrétée pour s’accomplir et l’amorce d’un projet que Dieu devait mener à bien. Car le pouvoir des Omeyyades laissait déjà paraître des signes de déclin et de faiblesse, en particulier après la mort de ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz, comme on le verra plus loin.
Abû Muḥammad aṣ-Ṣâdiq désigna ensuite pour Muḥammad ibn ‘Alî douze naqîb (chefs), à savoir : Sulaymân ibn Kathîr al-Khuzâ‘î, Walâhz ibn Qurayẓ at-Tamîmî, Qaḥṭaba ibn Shabîb aṭ-Ṭâ’î, Mûsâ ibn Ka‘b at-Tamîmî, Khâlid ibn Ibrâhîm Abû Dâwûd — de la tribu Banû ‘Amr ibn Shaybân ibn Dhuh l—, al-Qâsim ibn Mujâshi‘ at-Tamîmî, ‘Imrân ibn Ismâ‘îl Abû an-Najm (affranchi de la famille Abû Mu‘ayṭ), Mâlik ibn al-Haytham al-Khuzâ‘î, Ṭalḥa ibn Zurayq al-Khuzâ‘î, ‘Amr ibn A‘yan Abû Ḥamza (affranchi de Khuzâ‘a), Shibl ibn Ṭahmân Abû ‘Alî al-Harawî (affranchi des Banû Ḥanîfa), ainsi que ‘Isâ ibn A‘yan (affranchi de Khuzâ‘a également). Il sélectionna par ailleurs soixante-dix hommes et adressa à ces émissaires une lettre rédigée par Muḥammad ibn ‘Alî, qui leur servit de modèle et d’orientation à suivre (5).
Cette même année, la direction du pèlerinage fut confiée à Abû Bakr ibn Muḥammad ibn ‘Amr ibn Ḥazm, gouverneur de Médine. Quant aux autres gouverneurs installés dans les provinces, ils demeurèrent ceux déjà mentionnés l’année précédente, à l’exception de ceux que l’on a relevés comme destitués ou remplacés, et Dieu est plus savant. Par ailleurs, il ne fit pas le pèlerinage.