Umar avait nommé à la tête du Khurasan, en remplacement de son précédent gouverneur, al-Jarrâḥ ibn ‘Abd Allâh al-Ḥakamî. Le fils de Yazîd ibn al-Muhallab, Makhlad ibn Yazîd, arriva alors et déclara : « Ô Commandeur des croyants, Dieu — qu’Il soit exalté — a fait grâce à cette communauté en t’accordant son gouvernement ; nous ne devrions pas être les plus malheureux à cause de toi. Pourquoi donc gardes-tu ce vieillard (Yazîd) en prison, alors que je suis prêt à m’acquitter de ce que tu exigeras en son nom ?» Umar répondit : « Je ne conclurai pas d’arrangement avec toi à son sujet si tu ne prends pas sur toi la totalité de ce qu’il doit, et je n’accepterai de lui que l’intégralité de ce qu’il détient des biens appartenant aux musulmans. » Makhlad insista : « Ô Commandeur des croyants, si tu possèdes une preuve de ce que tu avances contre lui, produis-la ; sinon, accepte son serment ou parviens à un accord avec moi en sa faveur. » Umar maintint : « Je ne prendrai de lui que l’intégralité de ce qu’il détient. » Makhlad sortit alors de chez Umar et ne tarda pas à mourir. Umar disait de lui : « Il est meilleur que son père. »
Par la suite, Umar ordonna qu’on revête Yazîd ibn al-Muhallab d’une tunique de laine et qu’on le fasse monter sur un chameau jusqu’à l’île de Dahlak, terre d’exil pour les débauchés. Une intercession fut faite en sa faveur, si bien qu’il fut renvoyé en prison. Il y resta jusqu’à ce qu’Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz — qu’Allah lui fasse miséricorde — tomba malade.
La même année, au mois de Ramadan, Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz révoqua al-Jarrâḥ ibn ‘Abd Allâh al-Ḥakamî de son poste de gouverneur du Khurasan, après un an et cinq mois de fonction. Il le destitua parce qu’il continuait de prélever la capitation (jizya) à ceux parmi les non-musulmans qui s’étaient convertis à l’islam, en prétextant : « Vous ne vous convertissez que pour échapper à la jizya. » Certains préféraient alors renoncer à l’islam et demeurer sur leur religion, tout en acquittant la jizya. Umar lui écrivit alors : « En vérité, Dieu n’a envoyé Muhammad (paix et salut sur lui) qu’en qualité d’appelant (à la foi), non comme collecteur d’impôts. » Il révoqua donc al-Jarrâḥ et nomma à sa place ‘Abd ar-Raḥmân ibn Nu‘aym al-Qushayrî pour les affaires militaires et ‘Abd ar-Raḥmân ibn ‘Abd Allâh pour le prélèvement de l’impôt foncier.
Au cours de la même année, Umar écrivit à ses gouverneurs pour leur ordonner le bien, leur interdire le mal, leur exposer clairement la vérité et l’affermir, tout en les honorant et en leur rappelant la crainte de la colère et du châtiment de Dieu. Entre autres, il adressa ces mots à ‘Abd ar-Raḥmân ibn Nu‘aym al-Qushayrî : « Ensuite, sois un serviteur sincère envers Dieu pour ce qui concerne Ses créatures, et ne te laisse pas détourner de Dieu par la réprobation de qui que ce soit. En effet, Dieu a sur toi plus de droits que les hommes, et Son droit est plus grand. Ne confie rien des affaires des musulmans si ce n’est à celui dont la sincérité à leur égard et le souci de leur bien sont reconnus. »