L’historien Ibn ʿAsākir (1) rapporte, dans la biographie de Sharāḥīl ibn ʿUbayda ibn Qays al-ʿAqīlī, le récit suivant : lorsque Maslama ibn ʿAbd al-Malik resserra l’étau en assiégeant les habitants de Constantinople, traquant les voies d’accès et s’emparant des territoires alentour, Ilyūn, le roi des Romains, écrivit au roi des Burjān pour implorer son aide contre Maslama. Il lui disait : « Ces gens-là n’ont d’autre dessein que d’appeler autrui à leur religion, en commençant par ceux qui leur sont les plus proches. Dès qu’ils en auront fini avec moi, ils s’en prendront à toi. Agis donc maintenant comme tu aurais agi alors. » Aussitôt – qu’Allâh le maudisse – le roi des Burjān se mit à intriguer et à user de stratagèmes.
Il écrivit à Maslama en ces termes : « Ilyūn m’a sollicité pour te combattre. Quant à moi, je te soutiens ; ordonne-moi donc ce que tu souhaites. » Maslama lui répondit : « Je n’ai pas besoin que tu m’envoies des hommes ni des équipements, mais seulement des provisions, car nos réserves alimentaires se sont amenuisées. » Alors le roi des Burjān lui rétorqua : « J’ai fait préparer pour toi un marché immense, à tel endroit. Envoie quelqu’un pour en prendre livraison et y acheter ce dont tu as besoin. » Maslama autorisa alors toute personne de l’armée qui le souhaitait à s’y rendre pour acquérir ce qui lui était nécessaire. Une foule nombreuse s’y dirigea et trouva effectivement un marché imposant, où l’on proposait divers biens, marchandises et victuailles. Les soldats se mirent à acheter sans se douter qu’un piège avait été préparé contre eux : des groupes embusqués, dissimulés entre ces montagnes avoisinantes, surgirent subitement et tuèrent un grand nombre de musulmans, en capturèrent d’autres, si bien que seuls quelques-uns revinrent auprès de Maslama. Nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous retournons...
Maslama informa alors son frère Sulaymān de ce qui venait de se produire. Sulaymān dépêcha une armée importante sous le commandement de Sharāḥīl ibn ʿUbayda et leur ordonna de franchir d’abord le golfe de Constantinople pour combattre le roi des Burjān, puis de revenir auprès de Maslama. Ils se rendirent donc dans les contrées des Burjān, traversèrent ces golfes et engagèrent un combat acharné contre leurs ennemis. Par la permission de Dieu, ils les mirent en déroute, leur infligeant de lourdes pertes, capturant de nombreuses personnes et libérant les prisonniers musulmans, avant de rejoindre Maslama. Tous demeurèrent auprès de lui jusqu’à ce qu’ils soient convoqués par ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz, par crainte d’une éventuelle menace de la part des Romains et de leurs territoires, et en raison des conditions de vie difficiles, car ils avaient déjà séjourné là-bas longtemps. Dieu les récompensa.
Le califat dʾʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz, l’homme le plus pondéré de Banū Marwān (2), qu’Allâh l’honore, commença – comme on l’a déjà mentionné – un vendredi, dix ou, selon d’autres, deux jours avant la fin de ṣafar de cette année, c’est-à-dire en 99 de l’Hégire, le jour même du décès de Sulaymān ibn ʿAbd al-Malik. Il devint calife en vertu d’une désignation testamentaire que Sulaymān fit en sa faveur, sans quʾʿUmar en fût informé au préalable, comme nous l’avons déjà rapporté. ʿUmar fit dès le début preuve d’un vif sens de la piété, d’un profond attachement à la religion, d’austérité, de probité et de vertu. Dès la première occasion, il refusa d’emprunter les montures de la fonction califale – ces chevaux de grande beauté et de grande race – et se contenta de sa propre monture. Il fit de même pour sa résidence, préférant habiter la sienne plutôt que de s’installer dans le palais califal, par détachement à l’égard des biens de ce monde.