« Aux contrées et aux cités : si elles obéissent comme vous avez obéi, alors je suis votre gouverneur ; mais si elles refusent, je ne serai pas votre gouverneur (1). » Puis il descendit et l’on s’affaira aux préparatifs funéraires de Sulaymân.
Al-Awzâ‘î a dit : « Ils n’avaient pas encore fini que l’heure de la prière du Maghrib arriva. ‘Umar dirigea la prière du Maghrib pour les gens, puis il fit la prière funéraire sur Sulaymân et il fut enseveli après le Maghrib. Lorsqu’il s’en alla, on lui proposa les montures du califat, mais il refusa de les monter, enfourcha plutôt sa propre monture et repartit avec les gens [jusqu’à ce qu’ils parviennent à Damas]. On voulut alors le faire descendre dans le palais du califat, mais il dit : “Je ne descendrai que chez moi, en attendant que la demeure d’Abû Ayyûb soit prête.” (2) On trouva cela très louable de sa part. Ensuite, il fit venir le scribe et se mit à lui dicter la teneur de la lettre par laquelle on demanderait l’allégeance des provinces (3). » Rajâ’ a déclaré : « Je n’ai jamais vu plus éloquent que lui. »
Muḥammad ibn Isḥâq a dit : « Sulaymân ibn ‘Abd al-Malik mourut à Dâbiq, dans le pays de Qinnasrîn, un vendredi, dix nuits après le début du mois de Ṣafar en l’an quatre-vingt-dix-neuf. C’était alors deux ans, neuf mois et vingt jours après le décès d’Al-Walîd. C’est également ce qu’affirme la majorité au sujet de la date de sa mort, bien que certains disent : “dix nuits avant la fin de Ṣafar.” Ils affirment qu’il régna deux ans et huit mois. D’aucuns ajoutent : “moins cinq jours,” et Dieu est plus savant (4). »
Quant à l’avis d’al-Ḥâkim Abû Aḥmad, qui dit qu’il serait mort un vendredi, treize nuits avant la fin du mois de Ramaḍân en l’an quatre-vingt-dix-neuf – que son califat aurait duré deux ans, trois mois et cinq jours et qu’il serait décédé à l’âge de trente-neuf ans –, il est rapporté par l’historien Ibn ‘Asâkir (5). C’est cependant fort singulier, et la majorité conteste ces propos sur tous les points. Selon eux, il a dépassé la quarantaine : certains disent de trois ans, d’autres de cinq ; et Dieu sait mieux.
Ils racontent qu’il était grand, beau, au teint clair et mince, d’un beau visage, avec des sourcils rapprochés. Il était éloquent, maîtrisant bien l’arabe, et il avait une piété sincère, de la bonté, de l’amour pour la vérité et pour ses partisans, ainsi qu’un attachement profond au Coran et à la Sounna, veillant à afficher les prescriptions de l’Islam – qu’Allâh lui fasse miséricorde.
Par ailleurs, le calife Sulaymân ibn ‘Abd al-Malik – qu’Allâh lui fasse miséricorde – avait fait vœu, lorsqu’il quitta Damas pour se rendre à Marj Dâbiq (non loin de la région d’Alep), alors que les armées se préparaient pour la grande cité byzantine appelée Constantinople, de ne pas retourner à Damas avant que cette ville ne fût conquise ou qu’il ne meure. Il s’éteignit donc là-bas, comme nous l’avons relaté, et rejoignit ainsi le rang de ceux qui combattent sur la frontière (mourâbiṭ), qu’Allâh lui accorde Sa miséricorde (6).