Je lui ai confié le califat après moi, puis après lui à Yazid ibn ‘Abd al-Malik. Écoutez-le et obéissez-lui. Craignez Dieu et ne vous divisez pas, de peur que vos ennemis ne convoitent alors votre situation. (1)
Il scella la lettre et l’envoya à Ka‘b ibn Hâmid al-‘Absî, le chef de la police. Il lui dit : « Rassemble les membres de ma famille. [Ordonne-leur de prêter serment à ce qui est écrit dans ce livre, qui est scellé. Celui qui refusera, frappe-lui la tête.] » (2)
Ils se rassemblèrent donc, et plusieurs d’entre eux entrèrent saluer le Commandeur des croyants. Celui-ci leur dit : « Ceci est mon testament pour vous. Écoutez-le, obéissez-lui, et prêtez serment à ceux que j’y ai désignés. » Ils prêtèrent alors serment, un par un.
Raja raconta : « Lorsque tout le monde se dispersa, ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz vint me voir et me dit : “Je te conjure par Dieu, par l’estime et l’affection que je te porte, de m’informer si l’on m’a désigné dans ce document, afin que je puisse m’en décharger maintenant, avant qu’un moment ne vienne où je n’aurais plus la possibilité de le faire.” Je lui répondis : “Par Dieu, je ne te dévoilerai pas même une seule lettre.” »
Il ajouta : « Hishâm ibn ‘Abd al-Malik vint également me trouver et dit : “Ô Rajâ’, j’ai pour toi une longue estime et une amitié ancienne. Dis-moi donc la vérité au sujet de cette affaire : si c’est moi qui suis concerné, je le saurai ; si c’est un autre, je ne suis pas homme à ignorer une telle chose.” Je répliquai : “Par Dieu, je ne te révélerai pas un seul mot de ce que l’on m’a confié en secret.” »
Raja poursuivit : « J’entrai auprès de Sulaymân et le trouvai sur le point de mourir. Lorsqu’il était saisi par l’une des agonies de la mort, je l’orientais vers la qibla ; et dès qu’il reprenait connaissance, il me disait : “Pas encore, ô Rajâ’ !” Lorsque la troisième fois survint, il dit : “Dès maintenant, ô Rajâ’, si tu veux faire quelque chose, fais-le. Je témoigne qu’il n’y a de dieu que Dieu et je témoigne que Muhammad est Son serviteur et Son Messager.” Je le tournai alors vers la qibla et il rendit l’âme.” »
« Je le recouvris d’une housse verte, fermai la porte sur lui et j’envoyai chercher Ka‘b ibn Hâmid, qui rassembla les gens dans la mosquée de Dâbiq. Je leur dis : “Prêtez serment à celui dont le nom figure dans ce document.” Ils répondirent : “Nous avons déjà prêté serment.” Je repris : “Prêtez serment une seconde fois.” Ils obéirent. Puis je déclarai : “Allez à votre maître, car il est mort.” Je leur lus alors le contenu du document : quand je parvins au nom de ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz, les visages de Banû Marwân se troublèrent. Mais quand je lus : “… et après lui Yazid (3) ibn ‘Abd al-Malik”, ils se calmèrent un peu. Hishâm s’écria : “Nous ne le reconnaîtrons jamais !” Je lui rétorquai : “Je jure par Dieu que je te couperai la tête, lève-toi et prête-lui serment !” Les gens se dirigèrent vers ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz, qui se trouvait au fond de la mosquée. Lorsqu’il comprit ce qui se passait, il dit : “Nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous faisons retour.” Ses jambes ne le portaient plus, si bien qu’on le soutint par les bras pour le hisser sur la chaire (minbar).
Rajâ’ ibn Haywa s’écria : “Ne vous lèverez-vous pas pour prêter serment au Commandeur des croyants ?” Alors l’assemblée se leva et lui prêta serment. Puis Hishâm monta à son tour sur la chaire pour prêter serment, en disant : “Nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous faisons retour.” Et ‘Umar de répliquer : “Oui, nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous faisons retour, au point que toi et moi nous disputons cette affaire !”
Ensuite, il se leva et prononça un discours éloquent, puis tous lui prêtèrent serment. [Parmi ce qu’il dit dans son prêche : “Ô gens, je ne suis pas un innovateur, mais un suiveur, et sachez que parmi ceux qui vous entourent, certains…”]