On rapporte que lorsque la servante lui apporta la bassine, elle se mit à trembler de fièvre. Il demanda : « Où est Untelle ? » Elle répondit : « Elle est prise de fièvre. » Il dit : « Et Untelle ? » Elle répondit : « Elle est prise de fièvre. » Il se trouvait alors à Marj Dâbiq, dans la région de Qinnasrîn. Il ordonna à son oncle maternel de lui faire les ablutions, puis il sortit pour diriger la prière en public. Il fut pris d’un enrouement au cours du prêche, puis il descendit de la chaire alors qu’il venait d’être saisi par la fièvre, qui le tint jusqu’à ce qu’il mourût le vendredi suivant (1).
On dit aussi qu’il fut atteint d’une pleurésie (2) et qu’il en mourut – que Dieu lui fasse miséricorde et honore sa sépulture. [Il avait juré de ne pas quitter Marj Dâbiq avant que ne lui parvienne la nouvelle de la conquête de Constantinople, ou de mourir avant cela ; et il mourut avant cet événement – que Dieu lui fasse miséricorde et honore sa sépulture] (3).
On raconte qu’il répétait dans sa maladie : « Mes fils sont encore tout petits… Bienheureux qui a de grands enfants ! » Alors ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz lui dit : « Les croyants ont déjà réussi, ô Commandeur des croyants. » Puis il ajouta : « Mes fils sont des enfants nés durant l’été… Bienheureux qui a des enfants d’hiver ! » (4) On rapporte que ce furent là ses dernières paroles, mais, selon la version la plus sûre, les ultimes mots qu’il prononça furent : « Je Te demande un noble dénouement », avant de rendre l’âme.
Ibn Jarîr (5) rapporte, d’après Rajâ’ ibn Haywah – qui fut un ministre loyal auprès des Banû Umayya –, qu’il déclara : « Sulaymân ibn ‘Abd al-Malik me consulta alors qu’il était malade, voulant nommer pour lui succéder un fils encore trop jeune. Je lui dis : “C’est un gage de sauvegarde pour le calife dans sa tombe que de désigner pour les musulmans un homme vertueux.” Puis il me consulta au sujet de la succession de son fils Dâwud. Je lui répondis : “Il est absent à Constantinople et tu ne sais s’il est encore en vie ou déjà mort.” Sulaymân demanda alors : “Qui me conseilles-tu ?” Je lui répondis : “C’est à toi de décider, ô Commandeur des croyants.” Il insista : “Que penses-tu de ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz ?” Je lui dis : “Je sais, par Dieu, qu’il est bon et pieux, c’est un musulman qui aime le bien et ceux qui l’incarnent. Mais je crains que tes frères ne l’acceptent pas.”” Rajâ’ (6) suggéra alors de désigner Yazîd ibn ‘Abd al-Malik comme successeur après ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz, afin de satisfaire les Banû Marwân. Sulaymân écrivit donc : “Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. Ceci est la lettre de ‘Abd Allâh Sulaymân, Commandeur des croyants, à l’adresse de ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz : En vérité, j’ai…”