On raconte que la cause de sa maladie venait de l’ingestion de quatre cents œufs et de deux paniers de figues, mais Dieu seul sait.
Al-Mufaḍḍal ibn al-Muhallab raconta qu’un vendredi, il revêtit une tenue jaune, avant de l’ôter et d’en enfiler une verte à la place. Il se coiffa alors d’un turban vert, s’assit sur un lit vert et recouvrit ce qui l’entourait de tentures vertes. Il se regarda ensuite dans le miroir, s’émerveilla de sa propre beauté, releva ses manches et déclara : « Je suis le jeune calife. »
On rapporte aussi qu’il se contemplait dans le miroir, de la tête aux pieds, en disant : « Je suis le roi jeune. » Dans une autre version, il aurait affirmé : « Muhammad était Prophète, Abou Bakr un véridique, ‘Oumar un discernant (al-Fârûq), ‘Othmân était pudique, ‘Ali était courageux, Mou‘âwiya était clément, Yazîd était patient, ‘Abd al-Malik habile dans l’art de gouverner, al-Walîd tyrannique, et moi, je suis le roi jeune. »
On raconte qu’à peine un mois (et selon une autre version, une semaine) s’écoula après ces paroles, et il mourut. Lorsqu’il tomba malade, il commença à faire ses ablutions et fit appel à une servante pour qu’elle lui verse l’eau. Elle lui récita alors :
« Tu serais un excellent bien si tu devais rester,/ Mais l’être humain ne dure jamais./ Tu es exempt de défauts et de tout ce/ Que les gens exècrent, mais tu es voué à périr. »
On dit qu’il s’écria contre elle : « Tu viens de me présenter tes condoléances à moi-même ! » puis il la congédia. Il ordonna ensuite à son oncle maternel, al-Walîd ibn al-Qa‘qâ‘ al-‘Absî, de lui verser l’eau et dit :
« Approche ton eau d’ablution, ô Walîd, car en vérité,/ Ton monde ici-bas n’est que subsistance et volupté éphémères. »
Ce à quoi al-Walîd répliqua :
« Accomplis de bonnes œuvres durant ta vie,/ Car l’existence est un mélange de séparation et de réunion. »