Lorsque son père mourut en l’an 86, et que le califat revint à son frère al-Walid, il fut auprès de lui tel un conseiller et ministre. C’est lui qui le pressa de mener à bien l’agrandissement de la Grande Mosquée de Damas. Lorsque son frère al-Walid décéda le samedi, à la mi-jumâdâ al-âkhira de l’an 96, Sulaymân se trouvait à ar-Ramlah. Les émirs et les notables allèrent à sa rencontre et, dit-on, se rendirent auprès de lui à Bayt al-Maqdis (Jérusalem) pour lui prêter allégeance. Il entreprit alors de s’y installer. Les délégations affluèrent à Bayt al-Maqdis et aucun accueil ne sembla plus opportun que celui qui lui fut réservé(1). Il s’asseyait sous un dôme dans la cour de la mosquée, au nord du Rocher, tandis que les notables prenaient place sur des chaises, et l’on y répartissait des sommes d’argent. Puis il se décida à partir pour Damas, y entra et acheva la construction de la Grande Mosquée.
Durant son règne, on renouvela la clôture (maqsûrah), et il prit pour conseiller et ministre son cousin ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz. Il lui déclara : « Nous avons reçu la charge que tu vois, sans posséder connaissance pour la gérer. Ainsi, tout ce que tu estimeras servir l’intérêt général, ordonne-le et qu’on l’inscrive par écrit. » Il en résulta, entre autres, la destitution des gouverneurs nommés par al-Hajjâj, la libération des prisonniers, la remise en liberté des captifs, la distribution de dons en Irak et le rétablissement de la prière à son horaire initial, après qu’on l’avait retardée jusqu’à la fin de son temps. À tout cela s’ajoutèrent d’autres décisions louables qu’il tenait de ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz (qu’Allah leur fasse miséricorde)(2). Il ordonna aussi l’expédition contre Constantinople, y dépêchant par voie terrestre environ cent vingt mille combattants de Syrie, de Djazîrah et de Mossoul, tandis qu’il achemina par voie maritime, depuis l’Égypte et l’Ifriqiya, mille navires sous le commandement de ‘Umar ibn Hubayrah. Son frère Maslamah commandait l’armée de terre, accompagné du fils de Sulaymân, Dâwud ibn Sulaymân ibn ‘Abd al-Malik, et de plusieurs membres de sa famille, le tout sur les conseils de Mûsâ ibn Nus’ayr qui revenait du Maghreb. Toutefois, il est plus exact qu’il soit revenu du Maghreb au temps de son frère al-Walid, comme déjà mentionné. Et Dieu sait mieux.
Abû Bakr ibn Abî ad-Dunyâ rapporte : « Mohammed ibn Ismâ‘îl ibn Ibrâhîm al-Kûfî me transmit d’après Jâbir ibn ‘Awn al-Asadî, qui déclara : Les premiers mots que Sulaymân ibn ‘Abd al-Malik prononça [lorsqu’il accéda au califat] furent : “Louange à Dieu, Qui agit comme Il veut, élève qui Il veut, rabaisse qui Il veut, donne à qui Il veut et prive qui Il veut. Ce bas-monde est un séjour trompeur, un lieu de vanité et d’ornements éphémères : il fait rire celui qui pleure et pleurer celui qui rit ; il effraie l’âme en paix et rassure celle qui est dans la crainte ; il appauvrit le riche et enrichit le pauvre, basculant d’un côté à l’autre et jouant avec ses habitants. Ô serviteurs de Dieu, prenez le Livre de Dieu pour guide, agréez-le comme juge et faites-en votre dirigeant, car il abroge ce qui le précède et ne sera abrogé par aucun écrit après lui. Sachez, ô serviteurs de Dieu, que ce Coran chasse la ruse et la rancune du Diable, à l’instar de la lumière de l’aube lorsqu’elle se lève et fait refluer la nuit lorsqu’elle s’étend(3).” »
D’après Yahyâ ibn Ma‘în, qui le tient de Hajjâj ibn Muhammad, lui-même de Abû Ma‘shar, transmis par Muhammad ibn Qays : « J’ai entendu Sulaymân ibn ‘Abd al-Malik déclarer dans son sermon : “La supériorité du Coran sur toute autre parole est semblable à la supériorité de Dieu sur Sa création.” »