D’après Yahyā adh-Dhuhlī, d’après Abū Ṣāliḥ, d’après al-Layth, d’après ‘Abd ar-Raḥmān ibn Khālid ibn Musāfir, d’après az-Zuhrī, d’après lui.
L’historien Ḥāfiẓ Ibn ‘Asākir a dit : « Sa demeure à Damas se trouvait à l’endroit où se situe maintenant le lieu d’ablutions de Jīrūn. [Dans toute cette zone,] il bâtit une vaste maison près de Bāb aṣ-Ṣaghīr, à l’emplacement de la ruelle appelée Darb Muḥraz, et il en fit la demeure de l’émirat. Il y érigea un dôme jaune à l’imitation du dôme vert. »
Il rapporte également : « Il était éloquent, attaché à la justice et épris de faire la guerre sainte. Il expédia l’armée pour assiéger Constantinople, jusqu’à ce qu’ils concluent un accord permettant de bâtir une mosquée en ce lieu. »
Abū Bakr aṣ-Ṣūlī raconte : « ‘Abd al-Malik rassembla ses fils, al-Walīd, Sulaymān et Maslama, devant lui. Il leur fit réciter le Coran et ils s’en acquittèrent brillamment. Puis il leur demanda de déclamer de la poésie, et ils le firent de belle manière, à ceci près qu’ils ne maîtrisaient pas parfaitement les poèmes d’al-A‘shā, ce dont il leur fit reproche. »
Ensuite, il leur dit : « Que chacun de vous me récite le vers le plus délicat – qui ne soit pas obscène – qu’aient dit les Arabes. Al-Walīd, c’est à toi ! »
Al-Walīd déclama :
« Quelle monture, et j’aime tant monter à cheval ! / Comme cette monture, entre bracelet de bras et bracelet de cheville ! »
‘Abd al-Malik dit : « Y a-t-il vers plus inconvenant que celui-là ? À ton tour, Sulaymān. »
Sulaymān récita :
« Combien il est doux de la voir ramener ses mains vers elle / Tandis que, dans sa cotte de mailles, elle dénoue la ceinture. »
‘Abd al-Malik rétorqua : « Tu n’as pas fait mouche. À toi, Maslama. »
Maslama récita les vers d’Imru’ al-Qays :
« Tes yeux ne versent des larmes que pour frapper / De tes deux flèches la partie la plus sensible d’un cœur déjà transpercé. »
‘Abd al-Malik commenta : « Imru’ al-Qays ment et se trompe : si ses yeux ont versé des larmes de passion, alors il ne reste plus qu’à se rencontrer. Au contraire, l’amoureux doit supporter sans mot dire son dédain et la couvrir de son affection. »
Puis il déclara : « Je vous donne trois jours pour me trouver ce vers ; celui qui me l’apportera aura ce qu’il voudra. » Ils se retirèrent. Plus tard, alors que Sulaymān se trouvait dans une procession, il croisa un Bédouin qui conduisait ses chamelles en récitant :
« Même s’ils me frappaient la tête de l’épée pour son amour, / Ma tête, aussitôt, pencherait encore vers elle. »
Sulaymān ordonna que l’on saisisse ce Bédouin, puis il se rendit auprès de son père et lui dit : « J’ai ce que tu demandes. » ‘Abd al-Malik lui dit : « Parle ! » Sulaymān récita alors ce vers. ‘Abd al-Malik répondit : « C’est parfait. Où l’as-tu trouvé ? » Sulaymān raconta l’histoire du Bédouin. ‘Abd al-Malik dit : « Demande-moi ce que tu voudras, et n’oublie pas ton interlocuteur. » Sulaymān lui dit : « Ô Commandeur des croyants, tu as confié le pouvoir à al-Walīd après toi ; je souhaite être le prince héritier après lui. » Il accéda à sa demande et l’envoya diriger le pèlerinage en l’an 81 de l’Hégire (700). Il lui offrit cent mille dirhams, que Sulaymān remit en entier au Bédouin qui avait récité ce vers. »