Quarante mille têtes… Les gens dirent alors : « Celui-ci est fou, d’où tient-il quarante mille têtes pour le cinquième du butin ? » Il l’apprit et envoya quarante mille têtes, correspondant au cinquième de son butin, et l’on n’entendit jamais parler, dans l’Islam, d’un nombre de captifs aussi élevé que celui de Moussa ibn Noçaïr, émir du Maghreb (1).
Il vécut des événements extraordinaires lors de ses conquêtes de la péninsule Ibérique et déclara : « Si les gens m’avaient suivi, je les aurais menés jusqu’à ce que je prenne la Ville de Rome (2) – la grande cité du pays des Francs – et Dieu l’aurait conquise par ma main, s’Il le veut. » Quand il se présenta devant al-Walîd, il arriva avec trente mille captifs, soit le cinquième de ce qu’il avait obtenu lors de sa dernière expédition en terre maghrébine. Il apporta également des biens, des présents, des perles et des joyaux en quantité incalculable. Il demeura à Damas jusqu’à la mort d’al-Walîd et l’avènement de Sulaymân. Or, ce dernier, irrité contre Moussa, le fit mettre à l’ombre et lui réclama d’immenses sommes. Il le garda près de lui jusqu’à l’année où Sulaymân partit pour le pèlerinage, emmenant Moussa avec lui. Ce dernier mourut à Médine – ou dans le Wâdî al-Qurâ (3) – alors qu’il approchait (4) des quatre-vingts ans. Certains avancent qu’il serait décédé en l’an quatre-vingt-dix-neuf (5). Dieu sait mieux. Puisse-t-Il lui accorder Sa miséricorde et Lui pardonner par Sa bonté et Sa grâce, Amîn.
[Ensuite vint l’année quatre-vingt-dix-huit]
Cette année-là, Sulaymân ibn ‘Abd al-Malik, Commandeur des croyants, équipa son frère Maslama ibn ‘Abd al-Malik pour partir en campagne contre Constantinople, rejoignant l’armée déjà sur place. Celui-ci s’y rendit avec une troupe considérable. Il ordonna à chaque soldat d’emporter sur le dos de sa monture deux mesures de vivres. À leur arrivée, ils rassemblèrent le tout et la quantité formait comme des montagnes. Alors Maslama déclara : « Laissez cette nourriture et mangez de ce que vous trouverez dans leurs contrées. Semez dans les terres cultivables, exploitez-les et construisez-vous des maisons en bois. Nous ne quitterons pas cette ville avant de l’avoir conquise, si Dieu le veut. »
Un homme parmi les chrétiens, appelé Élyôn, s’approcha de Maslama en secret, prétendant vouloir l’aider à s’emparer des terres byzantines. Il se montra d’abord loyal. Puis le roi de Constantinople mourut. Élyôn entra dans la ville muni d’un message de Maslama, et les Romains, terrorisés, lui dirent : « Fais-le repartir d’ici et nous te proclamerons notre souverain. » Il s’en alla donc, mijota alors sa traîtrise et son ruse infâme – qu’il soit honni – jusqu’à ce qu’il fasse brûler la nourriture des musulmans. Car il conseilla à Maslama : « Tant qu’ils verront ces provisions, ils penseront que tu comptes prolonger le combat ; si tu les incendies, ils seront sûrs de ta détermination et te livreront bientôt la ville. » Maslama ordonna alors de mettre le feu aux victuailles. Mais Élyôn s’empressa de fuir par bateau, emportant pendant la nuit tout ce qu’il put des effectifs de l’armée. Au matin, il était dans la ville, devenu l’ennemi déclaré des musulmans. Il montra alors clairement son hostilité, et toutes les forces romaines se regroupèrent autour de lui, de sorte que la situation s’aggrava pour les musulmans.