(1)
Il n’y a personne qui ait dépouillé ses ennemis comme lui. Les habitants du Maghreb se sont convertis à l’islam sous son autorité, et il y a répandu la religion et le Coran. Lorsqu’il se rendait quelque part, on transportait ses biens avec empressement tant ils étaient nombreux et parce que les bêtes de somme ne pouvaient suffire à les porter.
[Musa ibn Nusair ouvrait ainsi les contrées du Maghreb, tandis que Qutayba menait des conquêtes dans les régions de l’Orient. Que Dieu leur accorde la meilleure récompense, car tous deux conquirent un grand nombre d’épreuves (provinces) et de pays. Cependant, Musa ibn Nusair a bénéficié de choses dont Qutayba ne bénéficia pas.
On raconte que, lorsqu’il conquit al-Andalus, un homme vint à lui et lui dit : « Envoie avec moi des hommes, et je te guiderai vers un trésor immense. » Il dépêcha donc des hommes avec lui, et tous arrivèrent dans un lieu où il leur ordonna : « Creusez. » En creusant, ils aboutirent à une vaste salle dotée de beaux portiques. Ils y trouvèrent des rubis, des joyaux et de l’émeraude en quantité si grande qu’ils en furent stupéfaits, et la quantité d’or était indescriptible. Ils découvrirent aussi des tapis, dont certains étaient tissés de fils d’or et incrustés de perles rares et précieuses, ainsi que d’autres joyaux et rubis inégalables par leur forme, leur beauté et leurs qualités.
Ce jour-là, on entendit un crieur dont on ne voyait pas la personne s’écrier : « Ô gens, il vous a été ouvert l’une des portes de la Géhenne, prenez garde ! » Et l’on dit qu’ils trouvèrent dans ce trésor la table de Salomon fils de David, sur laquelle il prenait ses repas.]
(2)
Un homme de sa descendance, nommé Abou Mu‘âwiyah Ma‘ârik ibn Marwân ibn ‘Abd al-Malik ibn Marwân ibn Mûsâ ibn Nusair an-Nusayrî, a rassemblé ses récits et les événements qui lui sont arrivés au cours de ses batailles et de ses expéditions.
(3)
L’historien al-Hâfiz Ibn ‘Asâkir rapporte qu’un jour, lorsque Mûsâ ibn Nusair arriva à Damas à l’époque d’al-Walîd, ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz l’interrogea sur la chose la plus étonnante qu’il eût pu voir en mer. Mûsâ répondit : « Une fois, nous sommes parvenus à une île où se trouvaient seize jarres vertes, chacune scellée du sceau de Sulaymân ibn Dâwûd (– qu'Allah lui fasse miséricorde –). J’ordonnai d’en extraire quatre, puis de percer l’une d’elles. Aussitôt, il en sortit un démon qui secouait la tête en disant : “Par Celui qui t’a honoré par la prophétie, jamais plus je ne reviendrai semer la corruption sur terre.” Ensuite, ce démon regarda autour de lui et s’exclama : “Je ne vois pas la splendeur ni la royauté de Sulaymân.” Puis il s’enfonça dans la terre et disparut. Alors je fis remettre en place les trois autres jarres. »
[Al-Sam‘ânî et d’autres ont encore rapporté que Mûsâ ibn Nusair se rendit jusqu’à la ville de cuivre, près de la mer Verte (l’océan) à l’extrême occident. Dès qu’ils l’aperçurent, ils virent briller ses tours et ses murailles de très loin. Une fois arrivés à ses abords, il envoya l’un de ses hommes avec cent cavaliers d’élite afin de faire le tour de la muraille et de voir si la ville avait une porte ou une entrée. On raconte que l’émissaire voyagea un jour et une nuit, puis revint informer Mûsâ qu’il n’avait trouvé ni porte ni accès à l’intérieur. Mûsâ ordonna alors de réunir toutes leurs marchandises pour former un monceau, mais il ne parvinrent pas à en atteindre le sommet.]