Vous vous êtes repentis d’avoir tué l’“Illustre” (1), fils de Muslim… Mais lorsque vous rencontrerez Dieu, vous en serez encore plus affligés.
Certes, vous aviez obtenu un butin lors de votre campagne contre lui, mais aujourd’hui, celui que vous affrontez devient votre propre trophée.
En vérité, il est parvenu à la compagnie des houris du Paradis, tandis que la Géhenne s’abattra sur vous de son épreuve.
Il est dit : Plusieurs de ses enfants et de ses descendants exercèrent le pouvoir dans différentes contrées. Parmi eux se trouvait ‘Amr (2) ibn Sa‘îd ibn Qutayba ibn Muslim, homme généreux et digne d’éloges. À sa mort, Abû ‘Amr Ashja‘ ibn ‘Amr as-Sulamî al-Murrî (3), qui résidait à Bassora, composa à son propos cette élégie :
« Le fils de Sa‘îd est parti là où l’Orient et l’Occident n’ont plus de lieu sans que l’on t’y loue.
Je ne percevais pas l’étendue de sa générosité envers les gens, jusqu’au jour où la lame (4) l’a enfoui sous terre.
Le voilà dans l’exiguïté d’une tombe, alors que de son vivant, les terrains marécageux semblaient déjà se restreindre sous son pas.
Je te pleurerai tant que mes larmes couleront ; et si elles tarissent, ce que cachent (5) mes flancs suffira en ton honneur.
Je ne succombe pas à mon affliction, même si elle est grande, et jamais je ne goûterai la joie après ta mort.
C’est comme si nul autre vivant n’était mort hormis toi, et comme si on ne se lamentait que sur ta seule personne.
Si les élégies et leurs souvenirs pour toi sont si beaux, c’est qu’auparavant déjà, on ne t’adressait que d’élogieux propos. »
Ibn Khallikân (6) a dit que c’était l’une des plus belles élégies, et qu’elle figurait dans le recueil d’al-Hamâsa (7). Ensuite, il aborda la tribu de Bâhila, réputée méprisée chez les Arabes. Il dit : « J’ai lu dans certains recueils que al-Ash‘ath ibn Qays demanda : “Ô Messager de Dieu, nos sangs se valent-ils tous ?” Il répondit : “Oui, et si jamais tu tuais un homme de Bâhila, je te tuerais en retour.” »
On demanda un jour à un Arabe : « Te réjouirais-tu d’entrer au Paradis si tu étais Bâhilî ? » Il répondit : « À condition que les habitants du Paradis ne l’apprennent pas. » Un bédouin interrogea un homme : « De qui es-tu ? » Il répondit : « De Bâhila. » L’autre se mit à le plaindre et il ajouta : « D’ailleurs, je ne suis même pas de leur lignée pure : je ne suis qu’un de leurs affranchis. » Alors, le bédouin se mit à lui baiser les mains et les pieds. L’homme lui dit : « Pourquoi fais-tu cela ? » Il répondit : « Parce que Dieu, exalté soit-Il, ne t’a éprouvé par ce malheur en ce monde que pour te récompenser par le Paradis dans l’autre (8). »