Le meurtre (1) de Qutayba ibn Muslim (2) (qu’Allah lui fasse miséricorde) eut lieu lorsqu’il rassembla l’armée et les troupes, décidant de destituer Sulaymân ibn ‘Abd al-Malik du califat et de lui refuser obéissance. Il leur rappela alors ses ambitions, ses conquêtes, la justice qu’il avait exercée à leur égard, ainsi que les larges sommes d’argent qu’il leur avait distribuées. Cependant, lorsqu’il eut achevé son discours, nul ne lui répondit. Il se mit donc à les réprimander et à les blâmer, tribu après tribu, groupe après groupe, ce qui les irrita : ils s’éloignèrent de lui et se dispersèrent, puis ils cherchèrent à l’éliminer. Celui qui mena cette entreprise fut un homme nommé Wakî‘ ibn Abî Sûd (3), qui rassembla de nombreux hommes avant de l’affronter et de le poursuivre jusqu’à le tuer, au mois de Dhu l-Hijja de cette même année. Onze hommes parmi les frères de Qutayba et leurs fils furent également exécutés, à l’exception de Dhirâr ibn Muslim, dont la mère était al-Ghurâ’ bint Dhirâr ibn al-Qa‘qâ‘ ibn Ma‘bid ibn Sa‘d ibn Zurâra ; ses oncles maternels le protégèrent. Quant à ‘Amr ibn Muslim, qui était gouverneur de Jawzjân, il fut tué avec Qutayba, ‘Abd al-Rahmân, ‘Abd Allâh, ‘Ubayd Allâh (4), Sâlih et Yassâr (5) – tous fils de Muslim –, ainsi que quatre de leurs propres fils. Wakî‘ ibn Abî Sûd les crucifia tous.
Qutayba ibn Muslim ibn ‘Amr ibn Husaïn ibn Rabî‘a Abû Hafs al-Bâhilî comptait néanmoins parmi les éminents émirs, reconnus pour leur valeur. Il figurait au rang des commandants nobles et remarquables, braves et expérimentés dans l’art de la guerre, ayant réalisé de multiples conquêtes heureuses et possédant de louables opinions. Par son entremise, Dieu – Lui seul en connaît le nombre – guida un grand nombre de personnes vers l’islam ; elles embrassèrent la foi et se soumirent à Dieu. Il conquit de vastes pays, de grandes provinces et de nombreuses cités importantes, comme cela a été précédemment détaillé. Or Dieu, exalté soit-Il, ne fait jamais perdre à quiconque le fruit de ses efforts, ni ne le prive de la récompense de sa peine et de son combat.
Cependant, il commit une faute qui lui fut fatale ; il s’égara et, en reniant l’obéissance, la mort le rattrapa. Il se sépara ainsi de la communauté et mourut à la manière des gens de l’époque antéislamique. Pourtant, il avait déjà à son actif des œuvres vertueuses par lesquelles Dieu pourrait expier ses fautes et les effacer de lui.