Abd al-Malik dit un jour à un homme issu des Quraysh : « Tu serais un éminent personnage si seulement tu ne commettais pas de fautes dans ta langue. » Il répondit : « Pourtant, ton fils al-Walid en commet. » Abd al-Malik répliqua : « Mais mon fils Sulaymân, lui, n’en fait pas. » L’homme poursuivit : « Quant à mon frère Abû Untel, il ne fait pas non plus de fautes (1). »
Ibn Jarîr rapporte (2) : « ‘Umar m’a conté, et ‘Alî – c’est-à-dire Ibn Muhammad al-Madâ’inî – nous a dit : “Aux yeux des habitants de Syrie, al-Walid ibn ‘Abd al-Malik était le meilleur de leurs califes. Il fit bâtir des mosquées à Damas (3), y érigea des minarets, distribua des dons, prit soin des lépreux et leur dit : ‘Ne sollicitez pas l’aide des gens.’ Il accorda à chaque infirme un serviteur et à chaque aveugle un guide (4). Durant son règne, de nombreuses et importantes conquêtes furent réalisées. Il envoyait ses fils lors de chaque expédition contre les territoires byzantins. Il conquit l’Inde, le Sind, al-Andalus et plusieurs provinces des terres persanes, au point que ses armées pénétrèrent jusqu’en Chine et ailleurs.
On raconte qu’il passait parfois devant l’épicier, prenait en main une botte de légumes et disait : ‘Combien la vends-tu ?’ L’épicier répondait : ‘Un fals.’ Al-Walid rétorquait : ‘Augmente un peu le prix pour avoir un bénéfice.’
On rapporte également qu’il chérissait les porteurs du Coran, les honorait et s’acquittait de leurs dettes. On dit qu’al-Walid se passionnait pour la construction, et que le peuple l’imitait. Ainsi, l’on entendait fréquemment les gens se demander les uns aux autres : ‘Qu’as-tu bâti ? Qu’as-tu édifié ?’ Son frère Sulaymân, lui, avait pour centre d’intérêt les femmes ; là encore, le peuple suivait son exemple, et l’on se questionnait mutuellement : ‘Combien de femmes as-tu épousées ? Combien de concubines possèdes-tu ?’ Quant à ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz, son attention se portait sur la récitation du Coran, la prière et l’adoration ; tous, à sa suite, se saluaient en disant : ‘Quel est ton office quotidien ? Combien lis-tu chaque jour ? Combien as-tu prié la nuit dernière ?’ (6).”
Je dis : Al-Walid ibn ‘Abd al-Malik bâtit la grande mosquée de Damas telle que nous l’avons décrite, si bien qu’il n’existait rien de semblable au monde en termes de beauté et d’architecture. Il construisit aussi le Dôme du Rocher à Bayt al-Maqdis et y érigea la coupole (7). Il agrandit la Mosquée du Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) et l’étendit jusqu’à ce que la chambre prophétique renfermant sa tombe s’y trouve incluse. Il laissa de très belles réalisations. Puis il mourut un samedi, le quinzième jour de Jumâdâ al-Âkhira de cette année-là, c’est-à-dire l’an quatre-vingt-seize après l’Hégire.