«Ô croyants, j’étais un chamelier. Un jour, alors que je voyageais depuis Marj as-Suffar (1) en direction d’al-Kiswah (2), j’eus soudain besoin d’uriner, et je m’arrêtai dans une ruine pour me soulager. Là, je trouvai un souterrain que je me mis à creuser, jusqu’à découvrir un trésor d’argent en abondance. J’en remplis mes sacoches, puis je repartis en menant mes montures. J’avais par ailleurs un sac contenant de la nourriture, que je vidai, me promettant d’aller jusqu’à al-Kiswah, avant de revenir sur place pour remplir ce sac avec l’argent. Cependant, malgré des recherches acharnées, je ne parvins plus à retrouver l’endroit. Quand je perdis tout espoir, je retournai vers mes bêtes, mais elles avaient disparu, tout comme ma nourriture. Je fis alors le serment de ne plus manger autre chose que du pain et de la terre.
On me demanda : « As-tu une famille ? » Je répondis : « Oui. » On m’alloua alors une part du Bayt al-Mal (le trésor public). Ibn Jâbir (3) a rapporté que les montures poursuivirent leur route jusqu’à parvenir au Bayt al-Mal, où le gardien les prit en charge et les déposa dans le trésor public. [On raconte que le calife al-Walîd (qu’Allâh l’agrée) lui aurait dit : « Cet argent est arrivé jusqu’à nous ; va reprendre tes chameaux. » On dit également qu’il lui en remit une partie pour qu’il puisse subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille (4).]
Namîr ibn ‘Abd Allâh as-San‘ânî (5), rapportant cela de son père, dit : « Le calife al-Walîd ibn ‘Abd al-Malik déclara : “Si Allâh n’avait pas mentionné dans le Coran le peuple de Loth, je n’aurais jamais pensé qu’un tel acte pût exister (6).” »
Ils relatent également qu’al-Walîd commettait de nombreuses fautes de langue (il était “lahhân”), comme cela fut transmis à maintes reprises. Un jour, alors qu’il prononçait un sermon, il récita durant celui-ci le verset : « يَالَيْتَهَا كَانَتِ الْقَاضِيَةَ » [Sourate al-Hâqqah, v. 27], en fermant la voyelle du tâ (c’est-à-dire « يَالَيْتُهَا » au lieu de « يَالَيْتَهَا »). À cela, ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz rétorqua : « Plût à Dieu que cela t’ait atteint, et qu’Il nous en ait ainsi débarrassés (7) ! » Al-Walîd disait aussi : « Ô habitants de Médine ! »