Les gens, et la plupart de ces talismans – voire leur totalité – étaient placés dans le plafond de la Grande Mosquée, du côté jouxtant la partie ornée (as-sajʿ). Ils furent brûlés lorsque la mosquée prit feu, dans la nuit du quinzième jour de Shaʿbān, après la prière de l’après‐midi, en l’an quatre cent soixante et un (de l’Hégire) [sous le règne des Fatimides], comme il sera mentionné plus loin. Il y avait également à Damas des talismans installés par les Grecs, dont certains subsistent encore de nos jours – Dieu sait mieux.
Parmi ceux‐ci, on compte la colonne surmontée d’une sorte de sphère, située au marché de l’orge près de l’arc d’Oumm Hakim. L’endroit s’appelle aujourd’hui “al-ʿAlabiyyīn”. Les habitants de Damas (2) rapportent qu’elle fut établie par les Grecs pour remédier aux difficultés de miction chez les animaux : lorsque l’on fait tourner l’animal trois fois autour de cette colonne, son urine s’écoule aussitôt. Cela a été expérimenté depuis l’époque des Grecs (3).
Suleymān ibn ʿAbd al-Malik continua à œuvrer à la complétion et à l’agrandissement de la Grande Mosquée durant toute la durée de son gouvernorat, et il y fit refaire la maqsūra (clôture protectrice). Plus tard, lorsque ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz accéda au pouvoir, il voulut débarrasser la mosquée de tout l’or qu’elle contenait, et arracher les chaînes, le marbre et la mosaïque (al-fusayfsāʾ) (4) afin de reverser le tout dans le trésor public (Bayt al-Māl), et de remplacer ces ornements par de la simple terre. Cette décision pesa lourdement sur les habitants de la ville et les notables se réunirent auprès de lui.
Khālid ibn ʿAbd Allāh al-Qasrī déclara : « Je vais lui parler en votre nom. » Quand ils furent réunis, Khālid dit : « Ô Prince des Croyants, il nous est parvenu que tu envisages de faire ceci et cela. » Il répondit : « Oui ! » Khālid reprit : « Cela ne t’appartient pas, ô Prince des Croyants. » ʿUmar demanda : « Pourquoi donc, fils de la mécréante ? » – Sa mère était une chrétienne romaine, esclave affranchie. Khālid répondit : « Ô Prince des Croyants, si elle était mécréante, elle a néanmoins enfanté un homme croyant. » ʿUmar dit alors : « Tu as raison », et il en éprouva de la gêne avant de lui demander : « Et pourquoi dis-tu cela ? » Khālid expliqua : « Parce que la plupart du marbre en question a été apporté par les musulmans, sur leurs propres deniers, depuis diverses provinces. Il ne relève donc pas du trésor public. » ʿUmar resta pensif.
On raconte également qu’à cette époque, une délégation venue de l’empire byzantin arriva à Damas, envoyée par leur souverain. En passant la porte dite « Bab al-Barīd » et en atteignant la grande porte située sous l’aigle, ils virent ce qui subjugua leurs esprits : la splendeur éblouissante de la Grande Mosquée et ses décors inouïs. Le chef de la délégation fut saisi d’une telle stupeur qu’il tomba évanoui, et on le porta jusqu’à leur résidence. Il demeura plusieurs jours souffrant. Lorsqu’il commença à se rétablir, on l’interrogea sur sa mésaventure. Il répondit : « Je ne pensais pas que les musulmans pussent bâtir un tel édifice. Je croyais… »