Les contrées célèbres étaient représentées, la Kaʿba au-dessus du miḥrāb, et l’on voyait les différentes régions à droite et à gauche. Ils illustrèrent ce que l’on trouvait dans ces pays, tels que les beaux arbres fruitiers fleuris et bien d’autres choses. Le plafond était orné de muqarnas dorées, et toutes les chaînes suspendues étaient en or et en argent, tandis que la lumière des cierges était répartie en divers endroits.
Ils racontent : Il y avait dans le miḥrāb des Compagnons un récipient (barniyya) (1) fait de cristal — certains disent plutôt qu’il s’agissait d’une pierre précieuse, une perle — appelée « al-qulaya. » Quand les lampes étaient éteintes, elle illuminait de sa clarté ceux qui se trouvaient là. Lorsque vint le temps de l’amīn, fils d’ar-Rachīd — qui aimait le cristal ou la pierre précieuse — il dépêcha Sulaymān, le chef de la police de Damas, pour la lui envoyer. Celui-ci la vola et l’expédia à l’amīn. Puis, lorsque al-maʾmūn devint calife, il la renvoya à Damas pour accabler l’amīn de ce fait.
Selon le ḥāfiẓ Ibn ʿAsākir (2), elle disparut par la suite et on plaça à sa place un récipient en verre. Il ajoute : « J’ai vu ce récipient, puis il se brisa peu après, et nul objet ne fut mis à sa place. »
Ils disent encore : Les portes menant à la cour intérieure n’avaient pas de verrous, seulement des rideaux abaissés. De même, des tentures pendaient sur l’ensemble de ses murs, jusqu’à la treille surmontée de faïences dorées. Les chapiteaux des colonnes étaient recouverts d’une large quantité d’or pur, et on construisit autour de l’édifice des balustrades. Al-Walīd fit bâtir le minaret nord, appelé « le minaret de l’Épousée. » Quant aux minarets oriental et occidental, ils existaient depuis des temps très anciens. Dans chaque angle de cet édifice s’élevait autrefois une tour très haute, construite par les Grecs pour leurs observations. Les deux tours septentrionales s’effondrèrent, tandis que celles du côté sud demeurent encore aujourd’hui. Une partie du minaret oriental fut incendiée après l’an 740 H. On le démolit puis on le rebâtit avec l’argent des chrétiens, car on les accusait de l’avoir brûlé. Il se releva alors sous une forme des plus harmonieuses (3), d’un blanc naturel — et Dieu sait mieux si c’est de ce balcon qu’ʿĪsā ibn Maryam (Jésus, fils de Marie) descendra à la fin des temps après l’apparition du Faux Messie (ad-Dajjāl), comme l’atteste le Ṣaḥīḥ de Muslim (4) d’après le hadith d’an-Nawwās ibn Samʿān.
Ce qu’il faut en retenir, c’est que lorsque le Grand Sanctuaire des Omeyyades fut achevé, il n’y avait alors sur terre nul bâtiment plus beau, plus majestueux ni plus splendide que lui. Si bien que quiconque posait le regard sur l’une de ses façades, ou sur l’une de ses moindres parties, se trouvait émerveillé par sa magnificence et ne s’en lassait pas. Il arrivait même qu’à force de le contempler, on découvrait à chaque fois un prodige différent. On raconte qu’il contenait des talismans datant de l’époque des Grecs, si efficaces qu’aucun reptile ou insecte — serpents, scorpions, coléoptères ou araignées — ne pouvait pénétrer dans ces lieux. Certains ajoutent qu’aucun oiseau n’y nichait, ni même les pigeons ou tout autre volatile susceptible de causer quelque nuisance.