Abou Qusay déclara : « Il fut dépensé pour la Mosquée de Damas quatre cents coffres d’or, dans chacun d’eux quatorze mille dinars. » – J’ai alors dit : « Cela représente cinq millions et six cent mille dinars. » – Dans une autre version, chaque coffre contenait vingt-huit mille dinars (1). J’ai donc ajouté : « Sur cette base, la somme dépensée pour la construction de la Grande Mosquée (le célèbre édifice Omeyyade) s’élève à onze millions deux cent mille dinars. » [Et il fut dit que ce fut bien plus que cela], et Dieu seul le sait.
Abou Qusay poursuivit : « Un garde vint trouver le calife al-Walîd et lui dit : “Ô Commandeur des croyants, les gens prétendent que tu as dépensé les fonds publics injustement.” On proclama alors à la foule : “Que l’on se rassemble pour la prière !” Lorsque tout le monde fut réuni, al-Walîd monta en chaire (minbar) et dit : “Il m’est parvenu que vous avez dit : ‘al-Walîd a dépensé les fonds de la trésorerie (Bayt al-Mâl) à mauvais escient.’” Puis il appela : “Ô ‘Amr ibn Mohâjir, lève-toi et fais apporter toutes les richesses de Bayt al-Mâl.” On les apporta sur des mules jusqu’à la mosquée et on déroula des tapis sous le Dôme du Faucon (Qubbat an-Nasr), où l’on y déversa l’or et l’argent, pure et abondante, au point qu’il en résulta un monceau colossal. Ainsi, si quelqu’un se tenait d’un côté de ce tas, il ne voyait plus la personne qui se tenait de l’autre côté tant la quantité était gigantesque. On apporta ensuite les balances, et l’on pesa ces sommes. Il apparut qu’elles pouvaient subvenir aux besoins de la population durant trois années à venir, selon une version, ou seize années à venir selon une autre, même si plus rien n’entrait dans les caisses. Les gens se réjouirent alors, proclamèrent la grandeur de Dieu et Le louèrent pour cette grâce. Ils prièrent en faveur du calife, puis se dispersèrent pleins de gratitude et de bénédictions.
Al-Walîd s’adressa ensuite aux Damasquins : “Ô habitants de Damas, par Dieu, je n’ai rien dépensé de vos fonds pour la construction de cette mosquée : tout cela provient de mon propre bien. Je ne vous ai nullement appauvris dans vos biens.” Puis il dit : “Ô habitants de Damas, vous vous enorgueillissez devant les gens pour quatre choses : votre air, votre eau, vos fruits et vos hammams. J’ai donc voulu vous en ajouter une cinquième : cette Mosquée.” (2)
Certains rapportent qu’il y avait, sur le mur de la qibla (la direction de la prière) de la Mosquée de Damas, trois plaques dorées et incrustées de lapis-lazuli. Sur chacune était gravée l’inscription suivante : “Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. Dieu ! Il n’est de dieu que Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même. Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent. Nul n’est digne d’être adoré en dehors de Dieu, l’Unique sans associé, et nous n’adorons que Lui. Notre Seigneur est Dieu Seul, notre religion est l’islam, et notre prophète est Mohammed (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui). Le serviteur de Dieu, le Commandeur des Croyants al-Walîd, a ordonné de bâtir cette mosquée et de démolir l’église qui s’y trouvait, cela au mois de Dhû al-Qa‘da de l’an quatre-vingt-six.”
Sur une quatrième plaque figurait : “Louange à Dieu, Seigneur de l’univers, le Clément, le Miséricordieux…” suivie de la sourate An-Nâzi‘ât, puis ‘Abasa, puis “Lorsque le soleil sera obscurci…”. Ils racontent que ces inscriptions furent effacées après la venue d’al-Ma’mûn à Damas (3).
Ils mentionnent aussi que tout le sol de la Mosquée était orné de pièces d’argent, que les murs jusqu’à hauteur d’homme étaient recouverts de marbre, et qu’au-dessus s’étendait une immense treille dorée. Sur cette treille, on avait disposé des pierres serties et dorées, de couleur verte, rouge, bleue et blanche, figurant différentes décorations