Lorsque l’on ouvrit la brique, on découvrit qu’elle recélait des milliers de pièces d’or. Il dit alors : « Ô Commandeur des croyants, nous souhaitons réaliser autant de briques semblables, en telle et telle quantité de milliers. Si vous possédez les ressources nécessaires, nous pourrons l’accomplir. » Lorsque fut avérée la justesse de ses dires, al-Walid lui octroya cinquante dinars (1).
[Il déclara également : « Je ne suis pas incapable de faire ce que tu as mentionné, mais cela relèverait du gaspillage et d’un usage inapproprié de l’argent. Il vaudrait bien mieux employer cette somme dans la voie de Dieu et la répartir parmi les faibles parmi les musulmans, plutôt que de l’investir dans une telle œuvre. » Puis il mit l’édifice en chantier selon l’avis de l’architecte.]
Lorsque al-Walid couvrit la Grande Mosquée, il en fit un toit en pignon dont la face intérieure fut plane et ornée de motifs dorés. L’un de ses proches lui dit : « Tu as imposé à ceux qui te succéderont de devoir enduire chaque année le toit de la mosquée. » Alors al-Walid ordonna que l’on rassemble tout le plomb disponible dans son territoire afin de le substituer à l’argile et d’alléger ainsi la toiture. Ils en rassemblèrent de toutes les contrées de Syrie et d’autres régions, mais finirent par en manquer, jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’une femme en détenait une grande quantité. Ils négocièrent avec elle, et elle déclara : « Je ne le vendrai qu’à son poids en argent (2). » Ils écrivirent alors au Commandeur des croyants, qui répondit : « Achetez‑le-lui même à son poids en argent (3). » Lorsqu’on lui proposa cela, elle dit : « Puisque tel est votre ordre, j’en fais aumône pour Dieu, afin qu’il soit employé à couvrir le toit de cette mosquée. » Ils gravèrent alors sur les plaques le sceau “Pour Dieu”. Il se raconte qu’elle était israélite et qu’on écrivit sur les plaques prélevées chez elle : « Ceci est le don de la femme israélite (4). »
Muhammad ibn ʿAʾidh rapporte : « J’ai entendu les anciens dire : la construction de la Mosquée de Damas ne s’est achevée qu’en respectant scrupuleusement l’honneur et l’honnêteté. Car si un des ouvriers, même pour un simple sou ou la tête d’un clou, en avait un surplus, il se rendait aussitôt à la trésorerie pour y déposer cet excédent. »
Certains anciens de Damas affirment : « Il n’y a pas de marbre dans la Mosquée hormis les deux dalles situées au Maqâm, qui proviennent du trône de Balkis. Le reste est fait de marbre blanc (5). »
D’aucuns ont également dit : « Le Commandeur des croyants al-Walid ibn ʿAbd al-Malik acheta les deux colonnes vertes situées sous l’aigle à Harb ibn Khalid ibn Yazid ibn Muʿawiya pour mille cinq cents dinars. »
Duhaym, citant al-Walid ibn Muslim, rapporte que Marwân ibn Janaḥ, au nom de son père, a dit : « La Mosquée de Damas comptait douze mille marbriers. » Selon Abû Qusây, d’après Duhaym et al-Walid ibn Muslim, ʿAmr ibn Muhâjir al-Anṣârî aurait dit : « Ils estimèrent la somme qu’al-Walid avait dépensée pour le motif de la ‘vigne’ qui orne la qibla de la Mosquée, et elle s’élevait à soixante-dix mille dinars (6). »