La grande mosquée devint alors un lieu de culte pour les musulmans, permettant d’élargir l’espace pour accueillir leur nombre croissant. À ce moment-là, al-Walid voulut acquérir cet emplacement auprès des chrétiens et leur proposa, en échange, de nombreux domaines qu’il leur offrit. Il s’engagea également à leur laisser quatre églises qui n’étaient pas incluses dans l’accord initial, à savoir l’église de Maryam, l’église dite « al-Muṣallaba » située à l’intérieur de Bāb Sharqī, l’église de Tall al-Jubn, ainsi que l’église de Ḥumayd ibn Darra dans le quartier de Darb al-Ṣaql. Mais les chrétiens refusèrent catégoriquement.
Al-Walid leur demanda alors de lui présenter leur acte de protection (ʿahd) qu’ils détenaient depuis l’époque des Compagnons. Ils l’apportèrent et on le lut en présence d’al-Walid. Il apparut que l’église de Tūmā (qui se trouvait à l’extérieur de Bāb Tūmā, sur la rive de la rivière) ne figurait pas dans cet acte, et on disait qu’elle était plus grande que l’église de Marīḥnā. Al-Walid annonça vouloir la démolir pour en faire une mosquée, ce à quoi les chrétiens répondirent : « Plutôt que de la démolir, que l’émir des croyants (Amīr al-Muʾminīn) nous laisse les églises mentionnées, et nous lui céderons le reste de celle-ci. » Al-Walid leur accorda alors les églises restantes et prit le reste de cette église.
On raconte qu’al-Walid, préoccupé par la question du rachat, avait fait diverses propositions aux chrétiens, lesquelles furent toutes rejetées. Quelqu’un lui suggéra alors de procéder à une mesure des distances depuis Bāb Sharqī et depuis Bāb al-Jābiya : on découvrit ainsi que l’église se trouvait bien dans la zone conquise de force (ʿanwatan). Ils mesurèrent en effet la distance entre Bāb Sharqī et Bāb al-Jābiya et constatèrent que la ligne médiane était située approximativement vers Sūq al-Rayḥān ; l’église se trouvait donc du côté relevant de la conquête de force, ce qui permit à al-Walid de la prendre.
(1) Il est rapporté qu’al-Mughīra, affranchi d’al-Walid, a déclaré : « J’entrai auprès d’al-Walid et je le trouvai soucieux. Je lui demandai : “Qu’as-tu, ô Émir des croyants, pour être si préoccupé ?” Il me répondit : “Le nombre de musulmans a augmenté et la mosquée est devenue trop étroite pour eux. J’ai convoqué les chrétiens et leur ai offert de l’argent pour acquérir le reste de cette église et l’annexer à la mosquée, mais ils ont refusé.” Alors je lui dis : “Ô Émir des croyants, je sais comment dissiper ton inquiétude. Lorsque les Compagnons ont conquis Damas, Khālid ibn al-Walīd est entré par Bāb Sharqī l’épée à la main. Apprenant cela, les habitants de la ville ont couru vers Abū ʿUbayda pour demander la protection. Abū ʿUbayda les a assurés de sa protection, et ils lui ont ouvert Bāb al-Jābiya, par lequel il est entré en concluant une trêve. Nous pouvons donc déterminer jusqu’où l’épée était allée ; la zone conquise par l’épée nous appartient, le reste étant laissé aux habitants sur la base de la trêve. Il se peut que l’église en question soit entièrement située dans la zone conquise et appartienne donc à la mosquée.” Al-Walid me dit : “Tu me soulages ainsi d’un grand souci. Occupe-toi toi-même de cette affaire.” » Alors al-Mughīra mesura du côté de Bāb Sharqī jusqu’aux environs de Bāb al-Jābiya, jusqu’au Sūq al-Rayḥān ; il constata que l’épée n’avait cessé d’agir jusqu’à dépasser le grand pont d’un peu plus de quatre coudées, si bien que l’église se trouvait bien dans la zone conquise. Al-Walid en informa alors les chrétiens en leur déclarant : « Cette église se trouve donc entièrement dans la conquête de force, elle est à nous et non à vous. » Les chrétiens répondirent : « Tu as d’abord voulu nous donner de l’argent et des domaines pour y renoncer, ce que nous avons refusé. Nous implorons donc la bienveillance de l’Émir des croyants en concluant un accord : qu’il nous laisse ces quatre églises, et nous lui abandonnerons le reste de cette église. » Il conclut donc un accord avec eux, en les autorisant à garder ces quatre églises. Et Dieu est plus savant.
On dit également qu’il leur donna en compensation une église près du ḥammām al-Qāsim (2) à l’intérieur de Bāb al-Farādīs, appelée Marīḥnā, du même nom que celle qui avait été démolie. Ils en transportèrent la stèle (shāhid) pour la placer au-dessus de l’église obtenue en remplacement. Dieu est plus savant.