Ceux qui voulurent que ce sanctuaire ne soit jamais détruit et que l’adoration n’y fasse jamais défaut, ainsi que cette demeure, une fois bâtie, ne fût jamais dépourvue de royauté et de souveraineté. J’ai dit : « Quant au sanctuaire, il n’a jamais cessé d’abriter le culte. » Ka‘b al-Aḥbār déclara : « Il ne sera jamais privé de culte jusqu’à ce que survienne l’Heure. »
Quant à la demeure royale, appelée al-Khaḍrā’, Muʿāwiya en renouvela la construction, puis elle fut incendiée en l’an 461 (de l’Hégire), comme nous le rapporterons : elle disparut et devint le logement des gens les plus faibles et les plus humbles, pour la plupart, jusqu’à notre époque. C’est en Dieu que nous cherchons secours. Le fait est que les Grecs (al-Yūnān) conservèrent cet état de choses à Damas pendant de très longues périodes, dépassant quatre mille ans. On raconte même que le premier à avoir édifié les quatre murs de ce sanctuaire fut le prophète Hūd – que la paix soit sur lui –, lequel vécut plusieurs générations avant Abraham, l’ami de Dieu. Il est par ailleurs rapporté qu’Abraham – que la paix soit sur lui – se rendit au nord de Damas, à Barza, où il combattit des ennemis. Il les vainquit et Dieu lui accorda la victoire. Il résida alors à Barza pour les affronter. C’est cet endroit qui lui est associé et qu’on mentionne explicitement dans les anciens ouvrages, transmis de génération en génération jusqu’à notre temps. Dieu seul le sait.
Damas était alors prospère et densément peuplée de Grecs – si nombreux que Dieu seul peut les dénombrer – et ils s’opposaient à Abraham ; il les avait déjà confrontés dans divers endroits au sujet de leur adoration des idoles, des astres et autres pratiques, comme nous l’avons exposé dans le Tafsīr et dans l’histoire d’Abraham de ce même ouvrage « Al-Bidāya wa-n-Nihāya ». Louange à Dieu, et c’est en Dieu que nous cherchons secours.
Ce qu’il faut retenir, c’est que les Grecs ne cessèrent de peupler Damas et d’y construire, ainsi que sur les terres alentour de Ḥawrān, de la Békaa, de Baʿlabakk et d’autres régions, des édifices extraordinaires et colossaux. Plus de trois cents ans après Jésus, les habitants du Shām (Levant) se convertirent au christianisme sous l’égide de l’empereur Constantin fils de Constantin, qui bâtit la célèbre cité portant son nom en terre romaine, Constantinople, et qui leur promulgua des lois. Au début, lui-même, son peuple et la majeure partie des habitants de la terre étaient grecs. Puis ses patriarches chrétiens lui forgèrent une religion inventée, mêlant les fondements de la religion chrétienne à certains éléments de l’adoration des idoles : ils prièrent en direction de l’est, allongèrent la durée du jeûne, permirent la consommation de porc et enseignèrent à leurs enfants ce qu’ils nomment la « grande profession de foi », qui n’est en réalité qu’une grande trahison, un lourd forfait méprisable, et si elle est grande par sa gravité, elle reste minime dans sa forme. Nous en avons déjà traité et l’avons éclairci précédemment.
C’est ainsi que le roi dont dérive la secte melkite des chrétiens leur construisit de vastes églises à Damas et dans d’autres lieux, au point qu’on dit qu’il en bâtit douze mille, toutes dotées de riches fondations pieuses. Parmi celles-ci figurent l’église de Bethléem et celle du Saint-Sépulcre à Jérusalem, érigées par la mère Hélène al-Ghandaqāniyya, entre autres exemples.