Et c’est à cette époque que fut achevée la construction de la Grande Mosquée omeyyade à Damas par son fondateur, le Commandeur des croyants, al-Walîd ibn ‘Abd al-Malik ibn Marwân, que Dieu le récompense largement au nom des musulmans. L’emplacement de cette mosquée était à l’origine un temple ancien construit par les Grecs et les Chaldéens qui habitaient Damas, étant eux-mêmes les premiers à l’avoir édifiée et peuplée (1). Ils adoraient alors les sept astres distincts : la Lune dans la première sphère, Mercure dans la deuxième, Vénus dans la troisième, le Soleil dans la quatrième, Mars dans la cinquième, Jupiter dans la sixième et Saturne dans la septième.
Ils avaient représenté, sur chacune des sept portes de Damas, un temple voué à l’un de ces sept astres, en ayant précisément conçu sept portes dans ce but [ainsi, ils établirent sept temples, chaque temple étant consacré à une planète]. Chaque porte de Damas connaissait une fête annuelle. Ce sont eux qui établirent les observatoires et étudièrent les mouvements, les conjonctions et les rencontres de ces astres. Ils bâtirent la ville de Damas et choisirent cet emplacement près de l’eau qui jaillit entre ces deux montagnes, puis la dérivèrent en divers canaux qui irriguaient aussi bien les zones élevées que les zones basses ; ils firent circuler l’eau à travers les habitations de Damas (2). De ce fait, Damas était à leur époque l’une des plus belles cités, voire la plus belle en raison de ses installations admirables. Ils édifièrent ce temple – aujourd’hui la Grande Mosquée – en l’orientant vers le pôle Nord et priaient en direction de l’étoile polaire, leurs mihrabs faisant face au nord. La porte de leur temple s’ouvrait du côté de la qibla, derrière l’actuel mihrab, comme nous l’avons constaté de nos propres yeux, en observant leurs mihrabs orientés vers le pôle, ainsi que l’entrée, belle et construite en pierres sculptées, surmontée d’une inscription dans leur langue, encadrée de deux portes plus petites à sa droite et à sa gauche.
À l’ouest du temple s’élevait un somptueux palais porté par les colonnes qui se trouvent à la porte de la Poste (Bâb al-Barîd), et à l’est se trouvait le palais de Jîrûn, le roi qui les gouvernait. Jadis, deux vastes demeures étaient consacrées à celui qui régnait alors sur Damas (3). On raconte qu’il y avait au total trois grandes demeures royales établies aux abords du temple et qu’un seul et même rempart élevé et imposant, fait de grosses pierres taillées, entourait ces demeures ainsi que le temple. Ces demeures étaient la Dâr al-Mutbaq, la Dâr al-Khayl et une autre qui devint ensuite l’emplacement d’al-Khadra’, construite par Mu‘âwiya.
Le grand historien Ibn ‘Asâkir (4) rapporte, en se fondant sur des ouvrages des Anciens, qu’ils mirent dix-huit années à choisir le moment propice pour construire Damas et ces lieux, creusant les fondations des murailles jusqu’à ce qu’arrive l’instant où ces deux astres apparurent au firmament pour entamer l’édification de la ville.