Il déclara : « J’ai vu Al-Hajjaj en rêve dans un état déplorable. Je lui ai dit : “Ô Abou Muhammad, qu’est‐ce que ton Seigneur a fait de toi ?” Il me répondit : “Je n’ai exécuté personne sans être moi‐même exécuté pour cela. Ensuite, on a ordonné que je sois conduit au Feu.” Je lui demandai : “Et après ?” Il dit : “Puis j’espère ce qu’espèrent tous ceux qui professent ‘Il n’y a de dieu que Dieu.’ ” Il fut également dit qu’Ibn Sirin affirmait : “Pour ma part, je garde espoir pour lui.” Quand cette parole parvint à Al-Hasan (Al-Basri), celui-ci s’exclama : “Par Dieu, Dieu décevra sûrement son espoir à son sujet.”
D’après Ahmad ibn Abi Al-Hawari, celui-ci raconte : « J’ai entendu Abou Souleyman Ad-Darani dire : “Al-Hasan Al-Basri ne s’asseyait dans aucune assemblée sans y mentionner Al-Hajjaj ni invoquer contre lui. Un jour, il le vit en songe et lui dit : ‘Es-tu Al-Hajjaj ?’ Il répondit : ‘Je suis Al-Hajjaj.’ ‘Qu’est-ce que Dieu a fait de toi ?’ demanda Al-Hasan. Al-Hajjaj lui répondit : ‘Pour chaque personne que j’ai tuée, j’ai été tué en retour, puis on m’a séparé avec les monothéistes.’ Suite à cela, Al-Hasan cessa de l’insulter.” » (1) Et Dieu sait mieux.
Ibn Abi Ad-Dunya raconte : « Hamza ibn Al-‘Abbas nous a rapporté, ‘Abdallah ibn ‘Uthman nous a rapporté, Ibn Al-Mubarak nous a rapporté, Sufyan nous a rapporté : “Al-Hajjaj vint en députation auprès de ‘Abd Al-Malik ibn Marwan, accompagné de Mu‘awiya ibn Qurra. ‘Abd Al-Malik interrogea Mu‘awiya à propos d’Al-Hajjaj. Mu‘awiya dit : ‘Si nous vous disons la vérité, vous nous tuerez, et si nous vous mentons, nous craignons Dieu, Exalté soit-Il.’ Alors Al-Hajjaj le dévisagea, mais ‘Abd Al-Malik lui dit : ‘Ne lui fais aucun mal’, et il exila Mu‘awiya au Sind, où il vécut maints événements.” » (2)
Parmi ceux qui moururent cette année-là — c’est-à-dire en l’an quatre-vingt-quinze (de l’Hégire) — se trouvait Ibrahim ibn Yazid An-Nakha‘i (3). Il disait : « Quand nous assistions à des funérailles ou qu’on nous annonçait un décès, l’effet s’en voyait sur nous plusieurs jours durant, car nous savions qu’un événement était survenu au défunt qui l’acheminait soit vers le Paradis, soit vers l’Enfer, alors que vous, vous discutez de vos affaires d’ici-bas pendant vos funérailles. »
Il déclara également : « Aucun avis ne peut être correct sans réflexion, et aucune réflexion ne vaut sans avis. » Il ajouta : « Lorsque tu constates qu’un homme néglige la première formule du takbîr (au début de la prière), lave tes mains de toute espérance en sa réussite. » Et encore : « Je vois parfois des choses critiquables ; rien ne m’empêche de les réprouver si ce n’est la crainte d’en être moi aussi éprouvé. »
Au moment de sa mort, il se mit à pleurer. On lui demanda ce qui le faisait pleurer. Il répondit : « J’attends l’Ange de la Mort. Je ne sais s’il va m’annoncer le Paradis ou l’Enfer. » (4)
Quant à Al-Hasan ibn Muhammad ibn Al-Hanafiyya (5), dont la kunya est Abou Muhammad, il occupait le premier rang parmi ses frères. Il était un homme de science et de jurisprudence, versé dans les divergences doctrinales, la connaissance du fiqh et l’exégèse.