Il ne se joignit à eux que contraint, comme nous l’avons déjà précisé. Al-Hasan disait : « Ce n’est qu’un châtiment ; ne répondez pas au châtiment de Dieu par l’épée. Soyez plutôt patients, paisibles et implorez Dieu. » (1)
Ibn Duraid a rapporté, d’après al-Hasan ibn al-Khadr, d’après Ibn ‘Aïsha : « Un homme parmi les kharijites se présenta à al-Walid ibn ‘Abd al-Malik. On lui dit : “Que penses-tu d’Abou Bakr et de ‘Oumar ?” Il en fit l’éloge. On l’interrogea ensuite sur ‘Othmân, et il en parla également en bien. [On lui demanda : “Que dis-tu de ‘Alî ?” Il le loua aussi, et ainsi de suite pour chacun des califes, à chaque fois avec des propos élogieux.] » (2)
Puis on lui demanda : « Que dis-tu d’Abd al-Malik ibn Marwân ? » Il répondit : « Maintenant voici la vraie question : que puis-je dire d’un homme pour qui al-Hajjaj n’est qu’une seule de ses nombreuses fautes ? » (3)
Al-Asma‘î a rapporté, d’après ‘Alî ibn Muslim al-Bâhilî : « Al-Hajjaj fit venir une femme kharijite pour l’interroger, mais elle ne le regardait pas et ne répondait rien à ses propos. L’un des gardes lui dit : “Le gouverneur t’adresse la parole, et tu lui tournes le dos ?” Elle répliqua : “J’ai honte devant Dieu de regarder quelqu’un que Dieu ne regarde pas.” Alors il ordonna qu’on la mette à mort. » (4)
Nous avons déjà mentionné, en l’année quatre-vingt-quatorze, la façon dont al-Hajjaj tua Sa‘îd ibn Jubayr et ce qui se dit entre eux. Abou Bakr ibn Abî Khaythama a relaté : « Abou Zafar nous a rapporté que Ja‘far ibn Souleïmân raconta, d’après Bastâm ibn Mouslim, d’après Qatâda, qu’on demanda à Sa‘îd ibn Jubayr : “T’es-tu insurgé contre al-Hajjaj ?” Il répondit : “Par Dieu, je ne me suis pas révolté contre lui avant qu’il ne fût devenu mécréant.” » (5)
On raconte qu’après cette exécution, il ne tua plus qu’un seul homme, nommé Mâhân, alors qu’il avait auparavant mis à mort une foule considérable, surtout parmi ceux qui s’étaient joints à Ibn al-Ach‘ath.
Abou ‘Îsâ at-Tirmidhî (6) a rapporté : « Abou Dâwoud Souleïmân ibn Salm al-Balkhî nous transmit, par an-Nadr ibn Choumeyl, par Hishâm ibn Hassân, que l’on compta ceux qu’al-Hajjaj avait fait exécuter par mise à mort prolongée, et l’on trouva qu’ils étaient au nombre de cent vingt mille. » Al-Asma‘î a dit : « Abou ‘Âsim nous raconta, d’après ‘Abbâd ibn Kathîr, d’après Qahdham, que Souleïmân ibn ‘Abd al-Malik libéra, en une seule matinée, quatre-vingt-un mille prisonniers. Puis, lorsque l’on inspecta les prisons après la mort d’al-Hajjaj, on y découvrit encore trente-trois mille détenus, dont aucun n’était passible ni de l’amputation ni de la crucifixion. » (8)