Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Lorsque Anas lut la lettre du Commandeur des croyants et prit connaissance de son message, il déclara : « Qu’Allah rétribue le Commandeur des croyants en bien pour moi, qu’Il le préserve, le protège et le rétribue du Paradis. Voilà bien ce que j’attendais de lui et ce que j’espérais. »

Alors Ismâ‘îl ibn ‘Ubayd Allâh dit à Anas : « Ô Abû Hamza, sache qu’al-Hajjâj est un gouverneur du Commandeur des croyants, et tu ne peux te passer de lui, ni toi ni les tiens. Même s’il t’était mis un carcan au cou afin de te livrer, rapproche-toi de lui et ménage-le, afin de vivre auprès de lui dans le bien et la sécurité. »

Anas répondit : « Je le ferai, s’il plaît à Dieu. » Ismâ‘îl sortit alors de chez Anas et se rendit auprès d’al-Hajjâj. Quand celui-ci le vit, il lui dit : « Bienvenue à un homme que j’aime et que je désirais rencontrer. » Ismâ‘îl répliqua : « Par Dieu, moi aussi j’aimais à te rencontrer, mais pas pour ce dont je suis porteur. » [Le teint d’al-Hajjâj changea et il prit peur], puis il demanda : « Qu’as-tu donc à m’annoncer ? » Ismâ‘îl de répondre : « J’ai quitté le Commandeur des croyants alors qu’il était l’homme le plus courroucé contre toi, et le plus éloigné de toi. » À ces mots, al-Hajjâj se redressa, effrayé. Ismâ‘îl lui jeta alors le rouleau. Al-Hajjâj le déplia, le lisant d’un regard, puis fixant Ismâ‘îl, tandis qu’il se mettait à transpirer. Lorsqu’il en eut fini la lecture, il déclara : « Viens, allons chez Abû Hamza pour nous excuser auprès de lui et le satisfaire. » Ismâ‘îl lui dit : « Ne te hâte pas ! » Al-Hajjâj rétorqua : « Comment ne pas me hâter alors que tu m’apportes une nouvelle si terrible ? »

Dans ce rouleau se trouvait le texte suivant : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De la part du Commandeur des croyants, ‘Abd al-Malik ibn Marwân, à l’intention d’al-Hajjâj ibn Yûsuf. Ceci dit : Certes, tu es un esclave que les circonstances ont emporté au loin ; tu t’es enorgueilli et as dépassé tes limites, tu as outrepassé ta mesure et t’es engagé dans une odieuse forfaiture, voulant me provoquer. (1) Si je te la pardonne, tu iras plus avant ; si je ne te la pardonne pas, tu reculeras. Que la malédiction d’Allah soit sur toi, esclave aux yeux étroits, aux hanches défectueuses ! Aurais-tu oublié les travaux dont tes pères vivaient à Tâ’if, leur creusement de puits et le transport de pierres sur leurs dos, d’un point d’eau à l’autre ? Ô fils de celle qu’on éventrait avec des pépins de raisin sec ! Par Dieu, je te broierai comme le lion broie le renard, ou comme l’épervier saisit le lièvre. Tu t’es dressé contre un homme parmi les Compagnons du Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) au milieu de nous ; tu n’as tenu compte ni de ses bienfaits ni de ses éventuelles fautes, par audace envers le Seigneur – Exalté soit-Il – et mépris du pacte. Par Dieu, si juifs et chrétiens voyaient un homme ayant servi ‘Uzayr (fils d’Azrâ) ou ‘Îsâ ibn Maryam, ils l’honoreraient, le magnifieraient et l’aimeraient. [A fortiori, s’ils voyaient seulement celui qui servit la monture de ‘Uzayr ou l’un des apôtres du Christ, ils l’élèveraient et le respecteraient encore davantage.] (2) Que dire alors d’Anas ibn Mâlik, serviteur du Messager d’Allah (paix et salut sur lui) pendant huit années, à qui le Prophète confiait ses secrets et demandait conseil, et qui est en plus un des derniers survivants parmi ses Compagnons ? Ainsi, une fois que tu auras lu ma lettre, sois plus obéissant envers lui que ne le sont ses chaussures et ses sandales ; sinon, je t’enverrai un trait fatal qui t’anéantira (3). ﴾À chaque annonce son terme déterminé, et bientôt vous saurez.﴿ [Al-An‘âm, 67] »

Ibn Tarrârâ, Ibn Qutayba et d’autres maîtres de la langue ont commenté les expressions singulières figurant dans cette lettre, et Dieu est plus savant.

L’imam Ahmad (5) a dit : « ‘Abd al-Rahmân ibn Mahdî nous a rapporté, d’après Sufyân, d’après az-Zubayr — c’est-à-dire Ibn ‘Adî… »

(1) Dans l'édition T., cela me paraît, et ce qui est confirmé dans le Tahdhib de l’Histoire de Damas. (2) Entre crochets, un ajout de l'édition T., absent dans l’Histoire de Damas. (3) Dans l'édition T. : « flèche visant tout tué » ; ce qui est confirmé dans les éditions A, B et le Tahdhib de l’Histoire de Damas. (4) Texte du livre dans l’Histoire de Damas (tome 12, pp. 171‑173) et son Tahdhib (tome 4, pp. 77‑78). (5) Musnad de l’Imam Ahmed (tome 3, pp. 132 et 177) et Histoire de Damas (tome 12, p. 174).
فلما قرأ أنس كتاب أمير المؤمنين وأخبر برسالته قال: جزى الله أمير المؤمنين عني خيرًا، وعافاه وكفاه وكافأه بالجنة، فهذا كان ظني به والرجاء منه. فقال إسماعيل بن عبيد الله لأنس: يا أبا حمزة إن الحجاج عامل أمير المؤمنين، وليس بك عنه غنىً، ولا بأهل بيتك، ولو جعل لك في جامعة ثم دفع إليك، فقاربه وداره [تعش معه بخير وسلام] . فقال أنس: أفعل إن شاء الله. ثم خرج إسماعيل من عند أنس فدخل على الحجاج، فلما رآه الحجاج قال: مرحبًا برجل أُحبه وكنت أحب لقاءه، فقال إسماعيل: أنا واللّه كنت أحب لقاءك في غير ما أتيتك به [فتغير لون الحجاج وخاف] وقال: ما أتيتني به؟ قال: فارقت أمير المؤمنين وهو أشد الناس غضبًا عليك، ومنك بعدًا، قال: فاستوى الحجاج جالسًا مرعوبًا، فرمى إليه إسماعيل بالطومار فجعل الحجاج ينظر فيه مرة ويعرق، وينظر إلى إسماعيل أخرى، فلما فضه قال: قم بنا إلى أبي حمزة نعتذر إليه ونترضاه، فقال له إسماعيل: لا تعجل! فقال: كيف لا أعجل وقد أتيتني بآبدة؟ وكان في الطومار: بسم الله الرحمن الرحيم، من أمير المؤمنين عبد الملك بن مروان إلى الحجاج بن يوسف، أما بعد فإنك عبد طمت بك الأمور، فسموت فيها وعدوت طورك، وجاوزت فدرك، وركبت داهية إدًّا، وأردت أن تبرزني (١) فإن سوغتكها مضيت قدمًا، وإن لم أسوغكها رجعت القهقرى، فلعنك الله من عبد أخفش العينين، منقوص الجاعرتين. أنسيت مكاسب آبائك بالطائف، وحفرهم الآبار، ونقلهم الصخور على ظهورهم في المناهل، يا بن المستفرمة بعجم الزبيب، والله لأغمزنك غمز اللَّيث الثعلب، والصقر الأرنب. وثبت على رجل من أصحاب رسول الله ﷺ بين أظهرنا، فلم تقبل له إحسانه، ولم تتجاوز له عن إساءته، جرأة منك على الرب (عز وجل) ، واستخفافًا منك بالعهد، والله لو أن اليهود والنصارى رأت رجلًا خدم عزير بن عزرى، وعيسى بن مريم، لعظَّمته وشرفته وأكرمته وأحبته [بل لو رأوا من خدم حمار العزير أو خدم حواري المسيح لعظموه وأكرموه] (٢) فكيف وهذا أنس بن مالك خادم رسول الله ﷺ ثماني سنين، يطلعه على سره، ويشاوره في أمره، ثم هو مع هذا بقية من بقايا أصحابه، فإذا قرأت كتابي هذا فكن أطوع له من خفه ونعله، وإلا أتاك مني سهم مثكل بخسفٍ قاض (٣) ﴿لِكُلِّ نَبَإٍ مُسْتَقَرٌّ وَسَوْفَ تَعْلَمُونَ﴾ [الأنعام: ٦٧] (٤) وقد تكلم ابن طرارا على ما وقع في هذا الكتاب من الغريب، وكذلك ابن قتيبة وغيرهما من أئمة اللغة، واللّه أعلم. وقال الإمام أحمد (٥) : حدّثنا عبد الرحمن بن مهدي، عن سفيان، عن الزبير - يعني ابن عدي -
(١) في ط: تبدو لي، وما أثبت عن تهذيب تاريخ دمشق. (٢) ما بين معكوفين زيادة من ط، ليست في تاريخ دمشق. (٣) في ط: سهم بكل حتفٍ قاص؛ وما أثبت عن أ، ب وتهذيب تاريخ دمشق. (٤) نص الكتاب في تاريخ دمشق (١٢/ ١٧١ - ١٧٣) وتهذيبه (٤/ ٧٧ - ٧٨). (٥) مسند الإمام أحمد (٣/ ١٣٢ و ١٧٧) وتاريخ دمشق (١٢/ ١٧٤).

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