Al-Aṣmaʿī a rapporté : « Abū ʿĀṣim an-Nabīl nous a relaté qu’Abū Ḥafṣ ath-Thaqafī a dit : Un jour, al-Ḥajjāj prononça un sermon. Il se tourna vers sa droite et dit : “Sachez qu’al-Ḥajjāj est mécréant.” Puis il s’interrompit et déclara encore : “Al-Ḥajjāj est mécréant.” Après un nouveau silence, il se tourna vers sa gauche et répéta : “Sachez qu’al-Ḥajjāj est mécréant.” Il fit cela à plusieurs reprises, puis conclut : “Mécréant, ô gens d’Irak, à l’égard d’al-Lāt et al-ʿUzzā.” (1)
Hanbal ibn Isḥāq a dit : « Hārūn ibn Maʿrūf nous a transmis, d’après Ḍumra, d’après Ibn Shawdhab, d’après Mālik ibn Dīnār, que celui-ci raconta : Un jour, alors qu’al-Ḥajjāj nous prononçait un sermon, il déclara : “Al-Ḥajjāj est mécréant.” Nous dîmes alors : “Qu’a-t-il ? Que veut-il dire ?” Il répondit : “Al-Ḥajjāj est mécréant au sujet du mercredi et de la mule grise.” »
Al-Aṣmaʿī rapporte également : « Un jour, ʿAbd al-Malik dit à al-Ḥajjāj : “Nul n’ignore le défaut qui est en lui. Décris-moi donc le tien.” Al-Ḥajjāj demanda : “Fais-moi grâce, ô Commandeur des Croyants.” Mais ʿAbd al-Malik s’y refusa, alors al-Ḥajjāj déclara : “Je suis obstiné, rancunier et envieux.” ʿAbd al-Malik répondit : “Le Diable lui-même ne possède rien de pire que ce que tu viens d’énumérer.” (2)” Dans une autre version, il aurait ajouté : “En ce cas, il existe une parenté entre toi et Iblīs.” »
En définitive, al-Ḥajjāj fut une forme de châtiment infligé aux gens d’Irak pour leurs fautes passées, leurs soulèvements contre les imams, leurs trahisons, leur désobéissance, leurs oppositions et le fait qu’ils s’arrogeaient un pouvoir illégitime. Yaʿqūb ibn Sufyān a rapporté : « Abū Ṣāliḥ ʿAbd Allāh ibn Ṣāliḥ nous a transmis, d’après Muʿāwiya ibn Ṣāliḥ, d’après Shurayḥ ibn ʿUbayd, d’après celui qui le lui a raconté, qu’un homme vint trouver ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb pour l’informer que les gens d’Irak avaient lapidé leur émir. ʿUmar, courroucé, sortit et dirigea la prière, mais il s’y laissa distraire, au point que les fidèles se mirent à dire : “Subḥān Allāh, Subḥān Allāh.” Lorsqu’il conclut la prière, il se tourna vers l’assemblée et demanda : “Qui parmi vous est du Shām ?” Un homme se leva, puis un deuxième, puis je me levai à mon tour, troisième ou quatrième. Il nous dit : “Ô gens du Shām, tenez-vous prêts face aux gens d’Irak, car Satan a pondu chez eux et y a fait éclore sa progéniture. Seigneur, ils se sont égarés, égare-les donc ! Et hâte-leur la venue du garçon de Thaqīf qui régnera sur eux selon la loi de la Jāhiliyyah, sans accepter le bienfait du bienfaiteur ni pardonner aux fautifs.” (3) » Nous en avons également fait la transmission dans le Musnad de ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, par la voie d’Abū ʿAdhbah al-Ḥimṣī, reprenant les mêmes propos.
ʿAbd ar-Razzāq a dit : « Jaʿfar ibn Sulaymān nous a rapporté, d’après Mālik ibn Dīnār, selon al-Ḥasan, que ʿAlī ibn Abī Ṭālib disait : “Ô Seigneur, de même que je leur ai fait confiance et qu’ils m’ont trahi, de même que je leur ai prodigué conseils et qu’ils m’ont trompé, accable-les donc du jeune homme de Thaqīf, ce fourbe, porté à l’excès, qui dévorera leur récolte et se vêtira de leur toison, et qui appliquera parmi eux le jugement de la Jāhiliyyah.” Al-Ḥasan commentait : “Or, à ce moment-là, al-Ḥajjāj n’existait pas encore.” (4) »