Lorsque Al-Hajjaj le lut, il écrivit : « Or donc, il m’est parvenu une lettre du Commandeur des Croyants évoquant mon excès dans les biens et dans le sang versé. Par Dieu, je n’ai pas outrepassé la punition des gens de la désobéissance, ni ne me suis acquitté pleinement du droit des gens obéissants. Si cela est un excès, que le Commandeur des Croyants me fixe donc une limite à laquelle je m’arrêterai sans la dépasser. »
Puis il écrivit au bas de la lettre :
« Si je ne recherchais pas ton agrément et ne me prémunissais pas contre ton courroux,
Alors mon jour ne verrait plus se dérober (1) ses astres ;
Si Al-Hajjaj commet un péché à ton égard,
Que dès le matin ses pleureuses (le) déplorent !
Je suis en paix avec quiconque traite avec mansuétude,
Et qui que tu ne traites pas ainsi, je le combats.
Si je ne rapproche pas de moi celui qui prodigue son conseil avec compassion,
Et ne tiens pas à distance celui dont les scorpions (2) me menacent,
Alors, qui redoutera mon jour et que peut-il espérer,
Quand j’observe ce qui se passe et vois la multitude des merveilles du temps ? »
(1) Formule poétique décrivant la disparition des astres comme un présage funeste.
(2) Image métaphorique désignant les intentions malfaisantes.
D’après Ash-Shafi‘i, il raconta : « Al-Walid ibn ‘Abd Al-Malik ordonna à Al-Ghâz ibn Rabi‘a de demander à Al-Hajjaj, en privé, s’il ressentait quelque regret au sujet de ce qu’il avait acquis de ce monde. Il le questionna donc comme on le lui avait demandé. Al-Hajjaj répondit : “Par Dieu, je ne voudrais pas échanger le Mont Liban ou le Mont Sanîr (3) tout entiers d’or, que je dépenserais dans la voie de Dieu, contre ce dont Dieu m’a éprouvé en matière d’obéissance. Et Dieu – Exalté soit-Il – le sait mieux.” »
(3) Sanîr est un autre nom souvent associé aux hauteurs du Levant ou du Mont Hermon.
Et Dieu le Très-Haut sait mieux.
Section : Ce qui fut rapporté de ses paroles utiles et de sa hardiesse remarquable
Abû Dâwud (4) dit : « Muhammad ibn Al-‘Alâ’ nous raconta, d’Abû Bakr, d’après ‘Âsim : J’ai entendu Al-Hajjaj, alors qu’il était sur le minbar, dire : “Craignez Dieu autant que vous le pouvez : il n’y a pas d’argument pour y échapper. Écoutez et obéissez : il n’y a pas deux versions à ce propos envers l’Émir des Croyants, ‘Abd Al-Malik. Par Dieu, si j’ordonnais aux gens de sortir par une porte de la mosquée et qu’ils sortaient par une autre, alors leur sang et leurs biens me seraient licites. Par Dieu, si je prenais la tribu de Rabi‘a par celle de Mudar, cela me serait également permis par Dieu. Et malheur à moi à cause de cet esclave de Hudhayl qui prétend que sa récitation vient de Dieu ! Par Dieu, ce n’est qu’un rythmique poème bédouin, Dieu ne l’a pas révélé à Son Prophète (que la prière et la paix soient sur lui). Et malheur à moi à cause de ces ‘rouges’ (5) dont l’un prétend, lorsqu’il lance une pierre, dire, avant même qu’elle ne retombe : ‘Un événement vient de survenir.’ Par Dieu, je les anéantirai tels que le jour d’hier n’a pas laissé de trace.’” »
(4) Il s’agit ici d’Abû Dâwud recueillant le témoignage de sa chaîne de transmission.
(5) Expression pouvant désigner par métaphore certains étrangers ou des gens considérés ainsi par le locuteur.
‘Âsim poursuit : « Je rapportai ces propos à Al-A‘mash qui s’écria : “Par Dieu, je l’ai entendu moi-même de sa bouche.” »