Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

J’ai enduré à ce propos tout ce que tu sais, et je n’ai jamais cessé de lutter au point d’être presque terrassé par la mort. Que de terreurs ils ont répandues, et je les ai entendues ; si quelqu’un d’autre que moi s’en était trouvé la cible, il se serait envolé d’effroi. Chaque fois qu’ils complotaient l’une de leurs entreprises, je découvrais ma tête devant eux, sans jamais me dissimuler. Sans la protection de certains de leurs braves, mes membres auraient fini déchirés par des loups et des hyènes.

On rapporte alors qu’Abd al-Malik lui écrivit : « Agis selon ton opinion (1). »

Sufyân rapporta, d’après Muhammad ibn al-Mustawrid al-Jumahî : Un voleur fut amené devant al-Hajjaj. Celui-ci s’adressa à lui en ces termes : « Tu étais bien à l’abri de tout besoin pour t’exposer à une faute menant devant le juge, au point que l’on te retranche un de tes membres. » Le voleur répondit : « Quand la main est vide, l’esprit se résigne à perdre ce qui lui reste. » Al-Hajjaj répliqua : « Tu dis vrai, par Dieu. Si de bonnes excuses pouvaient annuler une peine légale, tu en aurais été digne. Ô serviteur ! Apporte un sabre effilé et un homme habile, qu’il lui tranche la main (2). »

Abû Bakr ibn Mujâhid rapporta, d’après Muhammad ibn al-Jahm, lui-même rapportant al-Farrâ’ : « Un jour, al-Hajjaj prit un repas avec al-Walîd ibn ‘Abd al-Malik. Quand ils eurent terminé leur déjeuner, al-Walîd l’invita à boire du vin (3). Al-Hajjaj lui répondit : “Ô Commandeur des croyants, est licite ce que tu déclares tel. Cependant, j’interdis le vin aux gens d’Irak et de mon autorité, et je répugne à contredire la parole du serviteur pieux (4) : ‘Et je ne veux pas aller contre vous en faisant ce que je vous interdis’ (Hûd, 88).” »

‘Umar ibn Shabba rapporte, d’après ses maîtres, qu’Abd al-Malik écrivit à al-Hajjaj pour lui reprocher ses dépenses excessives et le sang qu’il versait, en lui disant : « En vérité, la richesse appartient à Dieu, et nous n’en sommes que les gardiens. Il n’y a pas de différence entre refuser un dû et accorder un faux droit. » Il joignit ensuite, au bas de sa lettre, ces vers :

« Si tu ne renonces pas à des choses que tu réprouves
Et si tu cherches à me plaire dans ce que moi je désire,
Et si tu crains ce que l’on craint d’un semblable en fuite vers Dieu,
Alors la perle qu’il a apportée se perdra.
Si tu aperçois chez moi une inattention digne des Quraysh,
Combien de fois, en buvant, l’homme s’est-il étranglé avec l’eau !
Si tu perçois en moi un élan omeyyade,
Eh bien, c’est tout cela, et moi j’en suis l’auteur.
Ne récidive pas pour ce qui pourrait t’arriver de ma part ;
Car si tu recommences, un jour tu auras à pleurer les tiens (5). »

(1) Le rapport avec la poésie dans l’Histoire de Damas (12/153-154) et son Tahdhīb (4/69). (2) Histoire de Damas (12/155). (3) Dans une note marginale de l’édition : ce qui est appelé à cette époque « nabīdh » est du vin pur, et ce n’est pas ce que nos prédécesseurs appelaient « nabīdh ». Le « nabīdh » chez eux est du jus de raisins ou de gottes de raisin séchées sur lequel on laisse de l’eau. Ils l’appellent ensuite « nabīdh » qu’il enivre ou non, et dans les deux cas, il ressemble davantage au jus de canne actuel, voire un peu moins. (4) Même source. (5) Dans Murooj adh-dhahab d’al-Masʿūdī (3/134) : « Ne considère pas ce qui vient de moi, même si tu le comptes… Un jour, il t’en coûtera cher. »
فقاسيتُ منها ما علمتَ ولم أزلْ … أصارع حتى كدتُ بالموتِ أصرعُ وكم أرجفوا منْ رجفةٍ قد سمعتها … ولو كانَ غيري طارَ مما يروّعُ وكنت إذا هموا بإحدى هناتهم … حسرت لهمْ رأسي ولا أتقنَعُ فلو لمْ يذد عني صناديد منهمُ … تقسمَ أعضائي ذئابٌ وأَضْبُعُ قال: فكتب إليه عبد الملك: أن اعمل برأيك (١) . وقال الثوري: عن محمد بن المستورد الجُمَحي قال: أُتي الحَجّاج بسارق فقال له: لقد كنت غنيًا أن تكسب جناية فيؤتى بك إلى الحاكم فيبطل عليك عضوًا من أعضائك، فقال الرجل: إذا قل ذات اليد سخت النفس بالمتالف. قال: صدقت واللّه لو كان حسن اعتذار يبطل حدًا لكنتَ له موضعًا. يا غلام سيف صارم ورجل قاطع، فقطع يد (٢) . وقال أبو بكر بن مجاهد: عن محمد بن الجَهْم، عن الفَرّاء قال: تغدّى الحجاج يومًا مع الوليد بن عبد الملك، فلما انقضى غداؤهما دعاه الوليد إلى شرب النبيذ (٣) فقال: يا أمير المؤمنين الحلال ما أحللت، ولكني أنهى عنه أهل العراق وأهل عملي، وأكره أن أخالف قول العبد الصالح (٤) ﴿وَمَا أُرِيدُ أَنْ أُخَالِفَكُمْ إِلَى مَا أَنْهَاكُمْ عَنْهُ﴾ [هود: ٨٨] . وقال عمر بن شَبّة: عن أشياخه قال: كتب عبد الملك إلى الحَجّاج يعتب عليه في إسرافه في صرف الأموال، وسفك الدماء، ويقول: إنما المال مال الله ونحن خزّانه، وسيان منع حق أو إعطاء باطل. وكتب في أسفل الكتاب هذه الأبيات: إذا أنتَ لم تتركْ أمورًا كرهتها … وتطلب رضائي في الذي أنا طالبهُ وتخشى الذي يخشاهُ مثلكَ هاربًا … إلى الله منهُ صَّيّعَ الدُّرَّ جالبهْ فإنْ ترَ مني غفلةً قُرشيّةً … فياربما قد غصَّ بالماءَ شاربهْ وإنْ ترَ مني وثبةً أمويةً … فهذا وهذا كله أنا صاحبهْ فلا تعدُ ما يأتيكَ مني فإنْ تعدْ … تقمْ فاعلمنْ يومًا عليكَ نوادبه (٥)
(١) الخبر مع الشعر في تاريخ دمشق (١٢/ ١٥٣ - ١٥٤) وتهذيبه (٤/ ٦٩). (٢) تاريخ دمشق (١٢/ ١٥٥). (٣) وفي حاشية ط: ما يُسمى في هذا العصر نبيذًا، هو الخمر المحض، وهو غير ما كان سلفنا يسميه نبيذًا. والنبيذ عندهم: هو الحمر أو الزبيب يترك عليه الماء. ويسمونه بعد ذلك نبيذًا سواء أسكر أو لم يسكر وفي كلتا الحالتين، فإنه أشبه بعصير القصب اليوم، إن لم يكن دونه. (٤) المصدر نفسه. (٥) في مروج الذهب للمسعودي (٣/ ١٣٤): ولا تعدُ ما يأتيك مني وإن تعُدْ … يقوم بها يومًا عليك نوادبه

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