Al-Hajjaj déclara : « Apporte-moi donc la preuve de ce que tu viens d’affirmer dans le Livre de Dieu ou je te trancherai la tête ! » Il lui fut répondu : « Dieu —qu’Il soit exalté— dit : “Et parmi sa descendance [celle d’Abraham] : David et Salomon” (Al-An‘âm, 84) … jusqu’à “et Zacharie, Yahya et Jésus” (Al-An‘âm, 85). Or Jésus fait bien partie de la descendance d’Abraham, alors qu’il n’est pourtant apparenté qu’à sa mère, Marie. De la même manière, Al-Husayn est le fils de la fille du Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui). » Al-Hajjaj répondit : « Tu dis vrai », puis il l’exila au Khorassan (1).
Al-Hajjaj, malgré toute son éloquence et sa grande maîtrise de la langue, faisait des erreurs de prononciation dans certains versets du Coran, erreurs que Yahyâ ibn Ya‘mur lui reprocha. Parmi ces fautes, il remplaçait par exemple ‘inna (إِنَّ) par ‘an (أَنَّ) ou inversement. De même, il récitait la parole divine : « Dis : “Si vos pères, vos fils…” » jusqu’à l’endroit disant : « vous sont plus chers… » (d’après le verset 24 de la sourate At-Tawbah), en levant (c’est-à-dire en prononçant au nominatif) le mot « ahab » alors qu’il aurait dû le mettre autrement.
Al-Aṣma‘î et d’autres rapportent : « ‘Abd Al-Malik écrivit à Al-Hajjaj pour l’interroger à propos d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Al-Hajjaj demanda alors au messager : “Khuwailid ibn Yazîd ibn Mu‘âwiya était-il à ses côtés ?” – “Oui, répondit-il.” Al-Hajjaj écrivit donc à ‘Abd Al-Malik : “Quant à hier, il s’agit d’un terme déjà échu ; quant à aujourd’hui, c’est une œuvre à accomplir ; quant à demain, c’est un espoir.” » (2)
Ibn Duraid (3) rapporte, selon Abû Ḥâtim As-Sijistânî, selon Abû ‘Ubaydah Ma‘mar ibn Al-Muthannâ : « Lorsque Al-Hajjaj mit à mort Ibn Al-Ash‘ath et qu’il s’assura ainsi le contrôle de l’Irak, il accroît la distribution des subsides au peuple. ‘Abd Al-Malik lui écrivit alors : “Or donc, il est parvenu au Commandeur des croyants que tu dépenses en un seul jour plus que ce qu’il ne dépense lui-même en une semaine, et que tu dépenses en une semaine plus que ce qu’il ne dépense en un mois.” Puis il récita ces vers :
“Attache-toi à la crainte de Dieu en toute chose,
Ô ‘Ubayd Allâh (4), sois modeste et implore-Le.
Épargne le kharâj et le fay’ des musulmans,
Sois pour eux un rempart, secourable et protecteur.”
Al-Hajjaj lui répondit :
“Par ma vie, le messager est arrivé avec vos missives,
Des feuillets qui s’emplissent, puis se replient et se scellent.
Une lettre m’est parvenue mêlant douceur et sévérité,
Tu as rappelé, et certes le rappel profite à celui qui réfléchit.
Il y avait bien des choses qui m’arrivaient,
Parfois je me montrais conciliant, ou bien je différais un temps, puis je refusais.
Si je suis un fouet qui châtie ce peuple,
Sans qu’il puisse espérer tirer de moi aucun avantage,
Les gens en seront-ils satisfaits ou mécontents ?
Serai-je loué par eux ou blâmé, et rudement réprimandé ?
Et ce furent des contrées où je suis parvenu, quand j’y suis parvenu,
Où toutes les flammes de l’hostilité brillaient encore.”