Abd Allāh b. Jaʿfar maria sa fille à al-Ḥajjāj b. Yūsuf et lui dit : « Lorsque tu seras avec lui, dis : “Lā ilāha illā Allāh al-Ḥalīm al-Karīm, subḥāna Allāh Rabb al-ʿarsh al-ʿaẓīm, al-ḥamdu lillāh Rabb al-ʿālamīn.” On rapporte que le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) prononçait cette formule lorsqu’il se trouvait en difficulté. » Ḥammād dit : « Je pense qu’il a ajouté : “Il (al-Ḥajjāj) ne l’a pas touchée.” » (1)
Ash-Shāfiʿī a raconté : « Lorsque al-Ḥajjāj épousa la fille d’Abd Allāh b. Jaʿfar (2), Khālid b. Yazīd b. Muʿāwiya s’adressa à ʿAbd al-Malik en disant : “Le laisses-tu faire cela ?” Il répondit : “Qu’y a-t-il de mal à cela ?” Khālid dit : “C’est l’homme le plus dur, par Dieu.” Le calife demanda : “Comment cela ?” Il reprit : “Par Dieu, ô Commandeur des croyants, tout ce que j’avais contre la famille d’al-Zubayr a disparu depuis que j’ai épousé Ramlah bint al-Zubayr.” Comme s’il réveillait un homme endormi, ʿAbd al-Malik écrivit aussitôt à al-Ḥajjāj pour lui ordonner de la répudier, et il la répudia.
Saʿīd b. Abī ʿArūba rapporta : « Une fois, al-Ḥajjāj se rendit en pèlerinage et, alors qu’il voyageait entre La Mecque et Médine, on lui servit son repas. Il dit à son gardien : “Vois qui voudrait manger avec moi.” Le gardien trouva un bédouin endormi, le frappa du pied et lui dit : “Lève-toi répondre à l’émir.” L’homme se leva et, devant al-Ḥajjāj, ce dernier lui dit : “Lave-toi les mains, puis déjeune avec moi.” Il répondit : “Celui qui m’a invité est plus grand que toi.” Al-Ḥajjāj insista : “Qui donc ?” Il dit : “Dieu m’a appelé au jeûne, et j’ai répondu à Son appel.” Al-Ḥajjāj répliqua : “Dans cette chaleur ?” Il répondit : “Oui, je jeûne pour un Jour plus chaud encore.” Al-Ḥajjāj lui proposa : “Romps ton jeûne aujourd’hui et jeûne demain.” Le bédouin dit : “M’en donnes-tu la garantie jusqu’à demain ?” L’émir répondit : “Je ne le puis.” Le bédouin dit alors : “Comment peux-tu me demander un troc entre une certitude et une chose future que tu ne détiens pas ?” Al-Ḥajjāj lui dit : “Pourtant notre nourriture est bonne.” Le bédouin répliqua : “Ni toi ni ton cuisinier ne l’avez rendue savoureuse. Seule la bonne santé donne son goût à cette nourriture.” » (3)
[Chapitre] Nous avons déjà mentionné la façon dont al-Ḥajjāj entra à Koufa en l’an 75 (de l’Hégire), surprit les habitants par son prône, et les menaça, de sorte qu’ils éprouvèrent à son égard une grande crainte. Il exécuta ʿUmayr b. Ḍābiʾ, de même qu’il fit exécuter Kumayl b. Ziyād, puis il y eut son combat contre Ibn al-Ashʿath, dont nous avons déjà parlé, lorsqu’il finit par l’emporter après une longue période de luttes et de batailles, s’imposant alors à ceux qui l’avaient accompagné — chefs, émirs, dévots ou lecteurs du Coran — [jusqu’à ce que Saʿīd b. Jubayr fût le dernier qu’il fit mettre à mort].
Le juge al-Muʿafā b. Zakariyyā raconta : « Aḥmad b. Muḥammad b. Saʿīd al-Kalbī nous informa, par la transmission de Muḥammad b. Zakariyyā al-Ghallābī, lequel tenait cela de Muḥammad — c’est-à-dire le fils dʿAbd Allāh b. ʿAbbās —, qui le tenait de ʿAṭāʾ — c’est-à-dire Ibn Muṣʿab —, quʿĀṣim rapporta ceci : “Après l’affaire de Dayr al-Jamājim, al-Ḥajjāj adressa un sermon aux gens d’Irak. Il leur dit : ‘Ô gens d’Irak, le Diable s’est insinué en vous au point de se mêler à votre chair et à votre sang, à vos nerfs, à vos oreilles et à vos membres (4), puis il a pénétré jusqu’à vos conduits (5), vos cerveaux et vos cœurs. Ensuite il s’est élevé, y a fait son nid, y a pondu et couvé, puis il s’est mis à ramper et se répandre. Il vous a emplis d’hypocrisie et de dissension, et vous a emplis d’opposition. Vous l’avez pris pour…’”