Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

«Et notre père est un vieillard très âgé.» C’est-à-dire que nous ne pouvons pas puiser l’eau avant le départ des bergers à cause de notre faiblesse, et si nous nous occupons ainsi nous-mêmes du troupeau, c’est en raison de la faiblesse et de la vieillesse de notre père.

Dieu (Exalté soit-Il) dit : «Il [Moïse] abreuva [le troupeau] pour elles.» (فَسَقَى لَهُمَا)

Les exégètes (1) rapportent que les bergers, une fois leur propre troupeau abreuvé, plaçaient une énorme pierre à l’entrée du puits. Alors, ces deux femmes arrivaient et faisaient boire leurs brebis du reste d’eau que laissaient les autres. Mais ce jour-là, Moïse vint, souleva à lui seul cette pierre, puisa de l’eau pour elles et abreuva leur troupeau, puis remit la pierre comme elle était.

Le Commandeur des croyants, ʿUmar (2), a dit : «Il fallait être dix pour la soulever. Pourtant, il ne puisa qu’un seul seau (3), ce qui leur suffit. Puis il se retira à l’ombre.» On rapporte qu’il s’abrita sous l’ombre d’un acacia (4).

Ibn Jarîr (5) rapporte d’après Ibn Masʿoûd qu’il vit alors cet arbre encore vert et luxuriant (6). C’est à ce moment que Moïse prononça : «Seigneur, je suis dans un grand besoin du bien que Tu feras descendre vers moi.» (رَبِّ إِنِّي لِمَا أَنْزَلْتَ إِلَيَّ مِنْ خَيْرٍ فَقِيرٌ)

Ibn ʿAbbâs dit : «[Moïse] marcha de l’Égypte jusqu’à Madyan sans se nourrir d’autre chose que d’herbes et de feuilles d’arbres. Il était pieds nus, si bien que ses sandales tombèrent de ses pieds (7) à cause du dénuement. Il s’assit à l’ombre, alors même qu’il est l’élu de Dieu parmi Ses créatures, le ventre collé au dos en raison de la faim. On voyait la verdure des feuilles à travers son ventre, et il avait tellement faim qu’il aurait eu besoin ne serait-ce que d’une moitié de datte.»

ʿAtâʾ ibn as-Sâʾib relate : «Lorsque [Moïse] dit “Seigneur, je suis dans un grand besoin du bien que Tu feras descendre vers moi” (رَبِّ إِنِّي لِمَا أَنْزَلْتَ إِلَيَّ مِنْ خَيْرٍ فَقِيرٌ), la femme l’entendit.» Voilà pourquoi Dieu (Exalté soit-Il) dit : «L’une des deux vint à lui, marchant avec pudeur. Elle dit : “Mon père t’appelle, afin de te récompenser pour avoir abreuvé [nos troupeaux].” Puis, lorsqu’il fut venu auprès de lui et qu’il lui eut raconté son histoire, le vieillard dit : “N’aie pas peur, tu as échappé aux gens injustes.” L’une des deux [jeunes femmes] dit : “Ô mon père, engage-le ! Car celui que tu peux engager le mieux est à la fois fort et digne de confiance.” Il dit : “Je veux te marier à l’une de mes deux filles, à condition que tu travailles à mon service durant huit années ; et si tu vas jusqu’à dix, cela viendra de toi. Je ne veux pas te contraindre. Tu me trouveras, si Dieu le veut, du nombre des hommes de bien.” [Moïse] dit : “Voilà ce qui est convenu entre toi et moi. Quel que soit le terme que j’accomplirai, il n’y aura pas d’hostilité contre moi. Dieu est garant de ce que nous disons.”» (Coran 28 : 25-28)

Ainsi, lorsque Moïse — que la paix soit sur lui — s’assit à l’ombre et prononça : «Seigneur, je suis dans un grand besoin du bien que Tu feras descendre vers moi» (رَبِّ إِنِّي لِمَا أَنْزَلْتَ إِلَيَّ مِنْ خَيْرٍ فَقِيرٌ), elle l’entendit.

(1) Comme at-Tabarī (20/37), al-Qurṭubī (13/269) et az-Zamakhsharī (3/170). (2) L’auteur a rapporté ce récit ici de manière abrégée et paraphrasée, mais il l’a rapporté intégralement dans son tafsīr (3/383). (3) Al-dhunūb : la pelle. (4) Al-samar, avec un sīn ouvert et un mīm fermé : un coup porté sur l’arbre de talḥ, au singulier : samra. (5) Dans son tafsīr (20/37), où le récit est mentionné dans un contexte plus étendu que celui-ci. (6) On dit : raffa sa couleur, rafifu, au cas irrégulier, et rafīfan : briller et scintiller, cf. al-Lisān (Raffaf). (7) L’auteur a rapporté ce récit dans son tafsīr (3/383-384) où il dit : « ... il était pieds nus, et avant d’arriver à Madīn, la semelle de sa chaussure est tombée et il s’est assis à l’ombre ... et son ventre est adhérent ».
وَأَبُونَا شَيْخٌ كَبِيرٌ﴾ أي: لا نقدر على وِرد الماء إلَّا بعد صدور الرَّعاء لضعفنا، وسبب مباشرتنا هذه الرعْية ضعف أبينا وكبره. قال الله تعالى: ﴿فَسَقَى لَهُمَا﴾. قال المفسرون (١) : وذلك أن الرِّعاء كانوا إذا فرغوا من وِردهم وضعوا على فم البئر صخرةً عظيمةً، فتجيء هاتان المرأتان، فيشرعان غنمهما في فضل أغنام الناس. فلما كان ذلك اليوم، جاء موسى، فرفع تلك الصخرة وحدَه، ثم استقى لهما وسقى غنمهما، ثم ردَّ الحجر كما كان. قال أمير المؤمنين عمر (٢) : وكان لا يرفعه إلا عشرة، وإنما استقى ذَنُوبًا (٣) واحدًا فكفاهما. ثمّ تولى إلى الظلِّ، قالوا: وكان ظل شجرة من السَّمُرِ (٤) . روى ابن جرير (٥) ، عن ابن مسعود؛ أنه رآها خضراء ترفّ (٦) ﴿فَقَالَ رَبِّ إِنِّي لِمَا أَنْزَلْتَ إِلَيَّ مِنْ خَيْرٍ فَقِيرٌ﴾. قال ابن عبَّاس: سار من مصر إلى مَدْيَن لم يأكل إلا البقل وورق الشجر، وكان حافيًا فسقطت نعلا قدميه (٧) من الحفاء، وجلس في الظِّل، وهو صفوة الله من خلقه، وإن بطنه لاصق بظهره من الجوع، وإنّ خُضْرَةَ البقل لتُرى من داخل جوفه، وإنّه لمحتاج إلى شقِّ تمرة. قال عطاء بن السَّائب: لما قال ﴿رَبِّ إِنِّي لِمَا أَنْزَلْتَ إِلَيَّ مِنْ خَيْرٍ فَقِيرٌ﴾ أسمع المرأة ﴿فَجَاءَتْهُ إِحْدَاهُمَا تَمْشِي عَلَى اسْتِحْيَاءٍ قَالَتْ إِنَّ أَبِي يَدْعُوكَ لِيَجْزِيَكَ أَجْرَ مَا سَقَيْتَ لَنَا فَلَمَّا جَاءَهُ وَقَصَّ عَلَيْهِ الْقَصَصَ قَالَ لَا تَخَفْ نَجَوْتَ مِنَ الْقَوْمِ الظَّالِمِينَ (٢٥) قَالَتْ إِحْدَاهُمَا يَاأَبَتِ اسْتَأْجِرْهُ إِنَّ خَيْرَ مَنِ اسْتَأْجَرْتَ الْقَوِيُّ الْأَمِينُ (٢٦) قَالَ إِنِّي أُرِيدُ أَنْ أُنْكِحَكَ إِحْدَى ابْنَتَيَّ هَاتَيْنِ عَلَى أَنْ تَأْجُرَنِي ثَمَانِيَ حِجَجٍ فَإِنْ أَتْمَمْتَ عَشْرًا فَمِنْ عِنْدِكَ وَمَا أُرِيدُ أَنْ أَشُقَّ عَلَيْكَ سَتَجِدُنِي إِنْ شَاءَ اللَّهُ مِنَ الصَّالِحِينَ (٢٧) قَالَ ذَلِكَ بَيْنِي وَبَيْنَكَ أَيَّمَا الْأَجَلَيْنِ قَضَيْتُ فَلَا عُدْوَانَ عَلَيَّ وَاللَّهُ عَلَى مَا نَقُولُ وَكِيلٌ (٢٨) ﴾ [القصص: ٢٥ - ٢٨] . لَمَّا جلس موسى (عليه السلام) في الظل، وقال ﴿رَبِّ إِنِّي لِمَا أَنْزَلْتَ إِلَيَّ مِنْ خَيْرٍ فَقِيرٌ﴾ سمعته
(١) كالطبري (٢٠/ ٣٧)، والقرطبي (١٣/ ٢٦٩) والزمخشري (٣/ ١٧٠). (٢) ساق المؤلف هذا الخبر هنا باختصار وبالمعنى، ولكنه ساقه بتمامه في تفسيره (٣/ ٣٨٣). (٣) الذنوب: الدلو. (٤) السمر، بفتح السين وضم الميم: ضرب في شجر الطلح، واحدته: سَمُرة. (٥) في تفسيره (٢٠/ ٣٧) وذكر الخبر فيه بسياق أطول من هذا. (٦) يقال: رفّ لونه يرفُّ، بالكسر، رفًّا ورفيفًا، بَرَقَ وتلألأ، اللسان (رفف). (٧) أورد الخبر المؤلف في تفسيره (٣/ ٣٨٣ - ٣٨٤) وفيه: … وكان حافيًا، فما وصل إلى مدين حتى سقطت نعل قدميه وجلس في الظل … وإن بطنه للاصق.

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