Tout détenteur de puissance s’est incliné devant la majesté de Sa Face… Combien de puissants sont devenus humbles devant le Tout-Puissant ! Les rois comme les tyrans se sont abaissés, ont capitulé et se sont trouvés amoindris face à la grandeur du Maître du Trône.
Hâte-toi donc, hâte-toi, et prends bien garde au monde d’ici-bas et à ses ruses, aux pièges qu’il t’a dressés, aux artifices dont il s’est paré pour te séduire, à la splendeur qu’il t’a dévoilée [aux désirs qu’il t’a exhibés, tout en cachant ses forces meurtrières et ses fléaux].
(1)
Ce que tu as déjà pu constater de ses afflictions suffirait à t’en détourner. Un avertisseur t’appelle à la repousser et exhorte à l’ascétisme :
« Efforce-toi et ne sois pas négligent, reste sur tes gardes, car avant longtemps, celui qui habite la demeure la quittera. »
(2)
Efforce-toi et ne sois pas insouciant, car ta vie (3) s’évanouira… et tu te diriges vers la Demeure de la permanence.
Ne recherche pas ce bas-monde, car si tu jouis de ses délices (4), leur suite t’affligera.
Quel homme sensé s’y attacherait ou s’en réjouirait, alors qu’il est certain de sa fin et ne nourrit pas l’espoir de sa durée ? Et comment l’œil de celui qui craint d’être surpris dans son sommeil pourrait-il s’assoupir ? Comment l’âme de celui qui s’attend à la mort en toute circonstance pourrait-elle trouver la quiétude ?
Hélas, nous trompons pourtant nos âmes et les plaisirs nous détournent de ce que nous redoutons. Comment la vie serait-elle douce à celui qu’un Jour de justice attend, lorsque tous les secrets seront révélés ? C’est comme si nous pensions qu’il n’y aura pas de Résurrection et que nous vivons en vain, sans perspective après la mort.
Que peut donc obtenir l’homme qui possède ce monde de ses jouissances et de ses splendeurs, lorsqu’il se heurte à ses multiples énigmes et à la dureté de ses coups, à la fatigue qu’il endure pour la conquérir, et aux maladies, douleurs et souffrances qui l’accablent ? Ne voyons-nous pas, chaque jour et chaque nuit, l’alternance de ses revers, matin et soir ? Ses épreuves et ses tourments nous frappent tour à tour ; et combien voit-on de gens demeurer ainsi, malgré la gravité de leur état ! Il n’est ni envié pour sa vie ici-bas ni en sûreté, et pourtant son âme ne cesse de la convoiter.
Que de fois la vie d’ici-bas a trompé celui qui s’y croyait établi pour toujours, et renversé celui qui s’y engageait à corps perdu ! Elle ne l’a ni relevé de sa chute, ni sauvé de sa débâcle, ni guéri de sa peine, ni soigné de son mal [ni encore moins délivré de sa tare]. Bien au contraire, après qu’il eut connu prestige et protection, elle l’a conduit vers des abreuvoirs funestes dont on ne revient pas. Quand il comprit qu’aucune échappatoire n’existait et que la mort était inéluctable, qu’aucune précaution ne saurait en triompher, il se mit à se repentir, mais cela ne lui servit de rien. Alors ses péchés majeurs l’ont fait pleurer amèrement.