Il est rapporté qu’il est inconcevable qu’une personne croyant en Dieu boive quelque chose qui lui ôterait la raison, au point de ne plus reconnaître son Seigneur. On lui dit alors : « Venez, coupez-la. » Ils la coupèrent donc au niveau du genou, tandis qu’il restait silencieux, sans prononcer un mot ni même gémir. On raconte qu’ils la lui sectionnèrent alors qu’il priait, et qu’il ne ressentit rien, étant absorbé par la prière. Dieu est plus savant.
La même nuit au cours de laquelle on lui coupa la jambe, l’un de ses fils, nommé Muhammad, qu’il aimait le plus parmi ses enfants, chuta d’un toit et mourut. Des gens vinrent donc le consoler, et il déclara : « Ô Seigneur, à Toi la louange. Ils étaient sept, Tu en as pris un et Tu en as laissé six. J’avais quatre membres, Tu en as repris un et Tu m’en as laissé trois. Certes, si Tu as repris, Tu as aussi donné, et si Tu m’as éprouvé, Tu m’as également accordé la guérison (1). À Toi la louange pour ce que Tu as pris et pour ce que Tu as donné. »
On rapporte aussi que lorsqu’il vit sa jambe coupée dans un récipient, il dit : « Dieu sait que je ne l’ai jamais utilisée pour commettre un péché (2). »
[J’ai noté, d’après plusieurs sources, qu’ʿUrwa ibn al-Zubayr, lorsqu’il quitta Médine pour se rendre à Damas afin de rencontrer al-Walid, fut atteint d’une gangrène à la jambe dans un vallon proche de Médine. C’est là que le mal commença. Il pensa alors qu’il ne s’agissait pas d’une chose grave et poursuivit son chemin. Mais, lorsqu’il arriva à Damas, la maladie avait déjà dévoré la moitié de sa jambe. Présenté à al-Walid, celui-ci appela des médecins compétents, et tous estimèrent que, s’il n’amputait pas la jambe, l’infection se propagerait à la totalité de sa jambe jusqu’à la hanche, voire à l’ensemble de son corps.
ʿUrwa se résigna alors à la faire scier. Les médecins lui dirent : « Ne te donnerions-nous pas un anesthésiant (3), afin que tu perdes connaissance et ne sentes pas la douleur ? » Il répliqua : « Non, par Dieu ! Je n’aurais jamais imaginé que qui que ce soit boive ou mange une chose qui lui fasse perdre la raison. Mais si vous devez absolument procéder à l’amputation, faites-le pendant que je prie, car je ne sentirai ni ne remarquerai rien. »
On raconte qu’ils scièrent donc sa jambe à partir de la partie saine, au-dessus de la zone infectée, par prudence afin de ne rien laisser de la maladie, tandis qu’il priait debout. Il ne gémit pas et ne tressaillit pas. Lorsqu’il s’écarta de la prière, al-Walid le consola pour sa jambe, et il répondit : « Ô Seigneur, à Toi la louange. J’avais quatre membres, Tu en as pris un. Si Tu as pris, Tu as aussi épargné ; et si Tu m’as éprouvé, Tu m’as maintes fois accordé la guérison. À Toi la louange pour ce que Tu as pris et pour ce dont Tu m’as préservé. »
ʿUrwa était accompagné de plusieurs de ses fils, parmi lesquels son fils Muhammad, qu’il affectionnait particulièrement. Celui-ci entra dans l’étable : un cheval le frappa d’un coup et il mourut. Des gens vinrent donc informer ʿUrwa et le réconforter, et il dit : « Louange à Dieu ! Ils étaient sept : Dieu en a pris un et en a laissé six. Si je suis éprouvé, j’ai longtemps joui de la santé ; et s’Il a repris, Il m’a également beaucoup donné. »
Lorsque ʿUrwa eut accompli ce pour quoi il était venu à Damas, il repartit à Médine. On raconte qu’il n’évoqua jamais sa jambe ni son fils, et ne s’en plaignit auprès de personne, jusqu’à ce qu’il parvienne à Wâdî al-Qurâ. Là où la gangrène l’avait atteint, il récita ce verset : « Certes, nous avons déjà beaucoup peiné à cause de ce voyage » (Coran 18 : 62). Quand il arriva à Médine, les gens vinrent le saluer et le consoler pour sa jambe et son enfant, et il apprit que…]